RICHELIEU (Armand-Jean Duplessis, cardinal de), né à Paris, en 1585. Puisque Louis XIV naquit pendant son ministère, on doit mettre parmi les écrivains de ce siècle illustre le fondateur de l’Académie française, auteur lui-même de plusieurs ouvrages. Il fit la Méthode des controverses dans son exil à Avignon, après l’assassinat du maréchal d’Ancre et de la Galigaï, ses protecteurs. Les principaux points de la Religion catholique défendus, l’Instruction du Chrétien, et la Perfection du Chrétien, sont à peu près de ce temps-là. Il est bien sûr qu’il ne composait pas la Perfection du Chrétien du temps qu’il faisait condamner à mort le maréchal de Marillac dans sa propre maison de Ruel, et qu’il était avec Marion Delorme, dans un appartement, lorsque les commissaires prononcèrent l’arrêt de mort dicté par lui. On sait aussi qu’il y a beaucoup de vers de sa façon dans la tragi-comédie allégorique intitulée Europe, et dans la tragédie de Mirame. On sait qu’il donnait à cinq auteurs les sujets des pièces représentées au palais-cardinal, et qu’il eût mieux fait de s’en tenir au seul Corneille, sans même lui fournir de sujet. Le plus beau de ses ouvrages est la digue de la Rochelle.
Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642).
Peinture anonyme. (Base Joconde du Ministère de la Culture)
L’abbé Ladvocat, bibliothécaire de Sorbonne, prétend, dans son Dictionnaire historique, que le cardinal de Richelieu est l’auteur de ce testament qui a fait tant de bruit, et qui est supposé. Il croit devoir ce respect à la mémoire du bienfaiteur de la Sorbonne; mais c’est rendre un mauvais service à sa mémoire, que de l’accuser d’avoir fait un livre où il n’y a que des erreurs et des fautes de toute espèce. Si malheureusement un ministre d’État avait pu composer un si mauvais ouvrage, tout ce qu’on en devrait conclure, c’est qu’on pourrait être un grand ministre, ou plutôt un ministre heureux, avec une grande ignorance des faits les plus communs, des erreurs grossières, et des projets ridicules. C’est donc venger la mémoire du cardinal de Richelieu, que de démontrer, comme on l’a fait, qu’il ne peut être l’auteur de ce testament qui, sans son nom, aurait été ignoré à jamais.
L’abbé Ladvocat, tout bibliothécaire qu’il était de la Sorbonne, s’est trompé en disant qu’on avait retrouvé dans cette bibliothèque un manuscrit de cet ouvrage apostillé de la main du cardinal. Le seul manuscrit apostillé ainsi est au dépôt des affaires étrangères; il n’y fut porté qu’en 1705. Ce n’est point le testament qui est apostillé, c’est une narration succincte composée par l’abbé de Bourzeis, à laquelle on avait, longtemps après, ajouté ce testament prétendu et les notes marginales même, écrites de la main du cardinal, prouvent que cette narration succincte n’était pas de lui; elles indiquent les omissions de l’abbé de Bourzeis et ce qu’il devait résoudre. Voyez la réponse à M. de Foncemagne
On attribue encore au cardinal de Richelieu une Histoire de la mère et du fils; c’est un récit assez infidèle des malheureux démêlés de Louis XIII avec sa mère. Cette histoire faible et tronquée est probablement de Mézeray: mais dans la multitude des livres dont nous sommes accablés aujourd’hui, qu’importe de quelle main soit un ouvrage médiocre(62)? Mort en 1642.