Jean Loret dans ses ''Muze historique''
Nous apprends que la belle
Charlotte-Marie de Lorraine, Mlle de Chevreuse était en risque de la petite vérole:
Fin de Juillet 1650 :
Mais, Princesse, quelle douleur!
Quel étrange et crüel mal-heur!
Ce fâcheux mal nommé vérole,
Qui court de l'un à l'autre pole,
Et qui des teints les plus jolies
Gâte les rozes et les lis,
Outrage en mainte et maintes sortes
Aujourd'huy la jeune de Portes,
Et l'Infante Chevreuze aussy,
Dont sa mère est en grand soucy:
Car, voyant que la demoizelle
Etoit si brillante et si belle,
Elle croyoit que ses beautez,
Metans le feu de tous côtez,
Seroient l'apuy de ses intrigues
Et maintiendroient toutes ses brigues.
Voilà tout son espoir en l'air;
Die veüille bien consoler.
Dieu veüille aussi, sage Princesse,
Vous garder de telle détresse,
Et que ce mal audacieux,
Qui respecte à peine les dieux,
N'ataque point vôtre vizage;
Car, certes, ce seroit dommage
S'il avoit tant soit peu gâté
Sa blancheur et sa pureté.
Les graces et vertus ensemble
Paroissent bien mieux, ce me semble:
Ce sont d'agréables trézors
Que ceux de l'esprit et du corps:
Ceux de fortune et naissance
Sont aussi de grande importance.
Par un rare bien-fait des Cieux
Ces quatre trézors précieux
Sont compris dans vôtre héritage,
Et vous sont écheus en partage.
Poyur rendre nos dézirs contents,
Les puissiez-vous garder long-temps,
Avec une santé parfaite!
C'est ce qu'il faut que je souhaite,
Et c'est d'autant plus ardamment,
Que je suis éfectivement
De Vôtre Altesse debonnaire
Le trés-humble pensionnaire.
~ * ~
J'ay fait ces vers, ou Dieu me damne,
Deux jours parés le jour Sainte-Anne.
--------------------------------------------------------
Aussi le rencontre de Jean-François de Gondi
avec Mlle de Chevreuse.
Lettre du 18 Décembre 1650 :
J'ay sceu d'un véritable auteur
Que Monsieur le Coadjuteur,
Quittant son humeur sérieuze
Pour plaire à la jeune Chevreuze,
Dansa, sans craindre les caquets,
Avec elle les Tricotets,
Ravy de tenir sa main blanche,
Ey l'on dit que ce fut dimanche;
Il n' importe pas de sçavoir
Si ce fut le jour ou le soir.
-------------------------------------------------
Mais bientôt c'est le Prince de Conty
[frère puîné du Grand-Condé]
qui devient ....
le 26 février 1651 :
Pour mieux réünir les courages,
On parle d'autres mariages.
Monsieur le Prince de Conty,
Digne d'un trés-rare party,
A choizi pour son amoureuze
Mademoiselle de Chevreuze:
En sortant de captivité,
Il a remis sa liberté
Dans la prizon douce et charmante
De cette aimable et jeune amante,
Qui rendra tous ses voeux contens
Par les douceurs de son printemps
&
le 5 mars 1651:
Ces jours passez, le grand Condé
A la Régente a demandé
Son consentement et licence
Pour travailler en diligence
A marier son frère Armand
A celle dont il est l'amant,
Et dont il voudroit être l'homme,
Que la belle Chévreuze on nomme.
La Reine aprouve cét hymen,
Et , dizant volontiers amen,
Donne les mains sans répugnance
A cette future alliance;.....
&
le 1avril 1651 :
Ce sage et bien-heureux amant
De sang royal, l'illustre Armand,
A receu dipense de Rome
Pour de graçon, devenir homme
En épouzant une beauté
Quelque peu de sa parenté,
Sçavoir l'infante de Chevreuze,
Son aimabe et chér amoureuze,
Plus capable, certainement,
De donner du consentement,
Par les apas dont elle abonde,
Que tous les bréviaires du monde.
&
le 23 avril 1651:
Le Destin n'a pas trouvé bon
que monsieur Armand de Bourbon
S'unit d'une étreinte amoureuze
Avec la pucelle de Chévreuze.
Amour a fait ce qu'il a pû,
Mais pourtant l'hymen est rompu.
Quoy qu'il eût obtenu de Rome
La dispense d'être son homme,
Nôtre Cour, pour raizon d'Estat,
Pour 'intérêt du Potentat,
Ou pour queque autre conséquence,
L'a dipensé de sa dispence.
le 5 juin 1652:
Cette semaine, Caumartin
A fait un somptüeux festin
Aux deux Chevreuzes, mère et fille,
Où l'on mangea mainte morilles,
Des tourtes pleines de pignons,
De beaux grandes plats de champignons,
Et deux mille autres friandizes,
Sans les fraizes et les cerizes.
& le 9 juin 1652 un rencontre à Paris -
avec Charles, prince & duc de Lorraine
vers: 55
Et, le jour qui suivit aprés,
On l' y vid encor tout auprés
D'une autre princesse gentille,
assavoir Chevreuze la fille;
Puis sur les onze heures de nuit,
Il fut en certain lieu conduit
Par ladit infante Chevreuze,
En habit de religieuze
Qui luy venoit jusque'aux talons,
Pour entendre des violons.
Avec cette veste sacrée
Il faizoit la sainte-sucrée
Avec tant de naïveté,
Que l'on eût dit, en vérité,
Que c'étoit une mére abesse,
Ou bien queque grand moinesse;
Car, ayant a barbe et le nez
D'un voile noir environnez,
Qui pourtant étoit clair et mince,
Sa bele prestance de Prince,
Ny la majesté de son corps,
Ne brilloient nulment alors.
Je ne sçay par quelle boutade,
En faveur de la séénade,
I prit ce peu sortable habit;
Car ceux qui m'ont fait le débit
De cette histoire peu commune
Ne m'en ont dit raizon aucune;
Mais on m'a seulement apris,
Chez un gros bourgeois de Paris,
Que ledit prince énigmatique
N''est pas seulement politique,
Brave, hardy, prudent, vaillant,
Mais goguenard, gouinfre et galant.
Il aime fort à voir les dames,
Parle encor de feux et de flâmes.
Pour des vizites dans Paris,
Ce prince, des plus aguerris,
En a fait, dit-on, plus de douze,
Et mesme il a vû son épouze;
Mais, selon e plus commun bruit,
Ce fut de jour, et non de nuit.
Il luy fit assez bonne mine,
Mais il la traita de couzine,
et non pas de chére moitié,
Et cela me fait grand' pitié.
La mort de sa soeur:
le 11 août 1652:
Celle que l'on nomme la Mort,
Et qui , selon les loix du Sort,
Coupe toutes sorte de trames,
De madame du Pont-aux-Dames
A mis le corps dans le tombeau,
Quoy que jeune, gras, blanc et beau.
La belle infante de Chevreuze
Ce mesme jour fut fort pleureuze
Et soûpira de tout son coeur,
Car elle étoit sa cjhére soeur.
Mais ses officieuzes armes,
quoy que peines d'aimables charmes
Et de doux et tendre apas,
Ne le ressusciteront pas.
Sa Mort:
9 Novenbre 1652
Atropos, la fausse gloutonne,
Qui n'épargna jamais personne,
L'autre-jour, en en tourne-main,
D'un grand coup de dard inhumain,
Poussa dans la tombe poudreuze
Mademoiselle de Chevreuze;
L'éclat de cette belle fleur
(O vrayment sensible mal-heur!)
Ne pût rézister à ses armes,
Ny sa jeunesse, ny ses charmes,
Ny sa grace, ny sa beauté,
Ny mesmes sa principauté.
Cette fleur si-tôt emportée
Dans tout Paris fut regretée;
Et moy, qui n'ay pas le coeur dur,
Je consacre à lâge futur
Ces quatrains, à toute avanture,
Que j'ay fait pour sa sépulture:
La fière Parque, au coeur d'airain,
Sous qui toute choze sucombe,
A renversé sous cette tombe
Une belle du sang Lorain.
Dans l'âge le plus vigoureux,
Son humeur fut toûjours modeste,
Sa vertu fut toûjours céleste,
Et son coeur toûjours généreux.
Tant qu'icy-bas elle vêquit,
Ce fut vec honneur et gloire.
Sur l'Amour elle eut la victoire;
Mais la Mort vint qui la vainquit.
Pour mieux témoigner ma tendresse
Sur la mort de cette princesse,
Au lieu d'arozer le tombeau
Où son corps gît, qui fut si beau,
D'eau de fleurs-d'orange ou de nafe,
J'ay compozé cét épitafe.
Princesse à qui j'écris cecy,
De tel devoir que cetui-cy
Le Ciel très-long-temps vous prézerve!
C'est par-là que finit ma vreve.
Fait à dix heures du matin,
L'avant-veille de Saint-Martin.
Apostille:
Si je sçavois quelque nouvelle
Qui traîtât de Mademoizelle
J'en ferois part au cher lecteur,
Et j'en parlerois de grand coeur,
Si j'avois seulement l'idée
Qu'elle fût bien acommodée.