| | | la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" | |
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| Auteur | Message |
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urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 13 Fév - 20:26 | |
| M. de Beaufort, à qui le président de Bellièvre fit voir que cette fausse confidence du Mazarin n'était qu'un artifice, me dit, en présence de Mme de Montbazon: "Soyez à l'erte; je gage que l'on se voudra bientôt servir de Mlle de Chevreuse pour nous brouiller." Elle me mena dans le cabinet de l'appartement bas de l'Hôtel de Chevreuse; elle ferma les verrous sur elle et sur moi, et elle me demanda si je n'étais pas effectivement de ses amis. Vous vous attendez sans doute à un éclaircissement: nullement. Ce fut pour me prier, avec bien de la tendresse, qu'il n'arrivât point d'accident de ce que je savais bien et que je considérasse l'horrible embarras dont nous serait une aventure pareille. J'assurai de ma prudence: elle en prit ma parole, et elle me dit du fond du coeur: "Laigue est quelquefois insupportable." Cette parole, jointe aux réprimandes impertinentes qu'il faisait, de temps en temps, avec un rechignement de beau-père, à la fille, et aux liaisons un peu trop étroites qu'il me paraissait prendre avec Le Tellier, m'obligea à tenir un conseil dans le cabinet de Mme de Rhodes, où nous résolûmes, elle, Mlle de Chevreuse et moi, de donner un autre amant à la mère. Nous ne consultâmes pas sur la possibilité. Mme de Rhodes, de qui le bon homme garde des sceaux était beaucoup plus amoureux qu'elle ne l'était de lui, et qui était dans une grande liaison avec moi par le commerce de Mlle de Chevreuse, trouvait, dans la disposition où étaient les affaires, une matière bien ample à satisfaire son humeur, qui aimait naturellement l'intrigue. Mais comme l'union de Mme de Rhodes avec Mlle de Chevreuse, avec Caumartin et avec moi l'avait fâché, il n'avait plus, à beaucoup près, tant de confiance en elle. Le Cardinal, qui était persuadé qu'il m'affaiblirait beaucoup auprès de Monsieur si il m'ôtait Mme de Chevreuse, pour qui il est vrai qu'il avait inclination naturelle, pensa qu'il ferait un grand coup pour lui si il me pouvait brouiller avec Mlle de Chevreuse, et il crut qu'il n'y en avait point de moyen plus sûr, que de me donner un rival qui lui fût plus agréable. Je crois que je vous ai parlé, dans le premier volume, de la tentative qu'il avait déjà faite par M. de Candale. Il s'imagina qu'il réussirait mieux par M. d'Aumale qui était dans la vérité, en ce temps-là, beau comme un ange et qui pouvait aisément convenir à la demoiselle par la sympathie. Il s'était donné entièrement au Cardinal contre les intérêts même de M. de Nemours, son aîné, et il se sentit très obligé et très honoré de la commission que l'on lui donna. Il s'attacha à l'hôtel de Chevreuse, et il se conduisit d'abord si bien et même si délicatement, que je ne balançai pas à croire qu'il ne fût envoyé pour jouer le second acte de la pièce qui n'avait pas réussi à M. de Candale. J'observai avec soin toutes ses démarches, je me confirmai dans mon opinion, je m'en ouvris à Mlle de Chevreuse, je ne trouvai pas qu'elle me répondît à ma mode. Je me fâchai, l'on me rapaisa. Je me remis en colère, et Mlle de Chevreuse me disant devant lui, pour me plaire et pour le picoter, qu'elle ne concevait pas comme l'on pouvait souffrir un impertinent, je lui répondis: "Pardonnez-moi, Mademoiselle, l'on fait souvent grâce à l'impertinence en faveur de l'extravagance." Le seigneur était, de notoriété publique, l'un et l'autre. Le mot fut trouvé bon et bien appliqué. L'on se défit de lui dans peu de jours à l'hôtel de Chevreuse, mais il se voulut aussi défaire de moi. Il aposta un filou appelé Grandmaisons pour m'assassiner. Le filou, au lieu de l'exécuter, m'en donna avis. Je le dis à l'oreille à M. d'Aumale, que je trouvai chez Monsieur, en y ajoutant ces paroles: "J'ai trop de respect pour le nom de Savoie pour ne pas tenir le cas secret." Il me nia le fait, mais d'une manière qui me le fit croire, parce qu'il me conjura de ne le pas publier. Je le lui promis, je lui ai tenu ma parole, et je n'y manque, aujourd'hui, que parce que je me suis fait voeu à moi-même de ne vous celer quoi que ce soit, et parce que je suis persuadé que vous aurez la bonté de n'en jamais parler à personne. Mme de Rhodes, qui conservait toujours beaucoup d'habitude avec le garde des sceaux, lui donna une grande joie en lui faisant voir qu'elle aurait assez de pouvoir auprès de moi, par le moyen de Mlle de Chevreuse, pour m'obliger à ne pas rompre avec lui sur le dernier tour qu'il m'avait fait. Il nous était d'une si grande conséquence de ne pas unir au Cardinal le garde des sceaux, qui connaissait notre manoeuvre, comme ayant été des nôtres et comme y ayant même encore beaucoup de part, hors en ce qui regardait mon chapeau, que je pris ou feignis de prendre pour bon, même avec joie, tout ce qu'il lui plut de me dire de la comédie de Fontainebleau. Il joua fort bien, je ne jouai pas mal. Je trouvai qu'il lui eût été impossible de se défendre d'en user comme il en avait usé, vu les circonstances. Mlle de Chevreuse, qui l'appelait son papa, fit des merveilles: nous soupâmes chez lui. Il nous donna la comédie en tout sens, et je me souviens, entre autres, que, comme il était extrêmement bijoutier, et qu'il avait tous les doigts pleins de petites bagues, nous fûmes une partie du soir à raisonner sur les mesures qu'il fallait qu'il gardât pour ne pas blesser, en de certaines occasions, Mme de Bois-Dauphin. Vous verrez que ces folies ne nous furent pas inutiles et qu'elles coûtèrent cher à Mazarin. Il s'imagina que Mme de Rhodes, qu'il croyait beaucoup plus au garde des sceaux qu'à moi, m'amusait par Mlle de Chevreuse, à qui il se figurait qu'elle faisait croire tout ce qu'elle voulait. Il ne pouvait douter, après ce qu'il avait vu à Fontainebleau, que le garde des sceaux et moi nous ne fussions intimement mal, et je sais que quand il connue, après sa sortie de la cour, que, nonobstant tout ce démêlé, nous nous étions accommodés pour le chasser, je sais, dis-je, qu'il dit en jurant que rien ne l'avait jamais tant surpris de tout ce qui lui était arrivé dans sa vie. Mlle de Chevreuse n'était pas fâchée de devenir princesse du sang par le mariage de M. le prince de Conti; et ce fut la première offre que Madame la Palatine fit à Mme de Rhodes. Tout cela fut réglé dès la seconde conférence; mais il fut réglé, en même temps, qu'il ne s'en écrirait rien qu'à mesure que les traités particuliers se feraient, et cela pour la même raison pour laquelle il avait été résolu de n'en point faire de général: vous l'avez vue ci-dessus. Madame la Palatine me pressa beaucoup de recevoir en forme la parole de Messieurs les Princes de ne point traverser mon cardinalat. Je m'en aperçus, et j'eus bientôt abattu cette fumée par le moyen de Mlle de Chevreuse, qui fit tant de honte à sa mère du balancement qu'elle témoignait pour son établissement, qu'elle revint à nous, et qu'elle ne nous fut pas même d'un médiocre usage auprès de Monsieur, dans la faiblesse duquel il y avait bien des étages. Enfin Monsieur signa son traité, mais d'une manière qui vous marquera mieux son génie que tout ce que je vous en ai dit. Caumartin l'avait dans sa poche avec un écritoire de l'autre côté, il l'attrapa entre deux portes, il lui mit une plume entre ses doigts et il signa, à ce que Mlle de Chevreuse disait en ce temps-là, comme il aurait signé la cédule du sabbat, si il avait eu peur d'y être surpris par son bon ange. Le mariage de Mlle de Chevreuse avec M. le prince de Conti fut stipulé dans ce traité, car vous croyez bien qu'il n'en avait pas été fait de mention dans le mien; et la promesse de ne point s'opposer à ma promotion y fut aussi insérée, mais par rapport à l'article du mariage, et en marquant expressément que Monsieur ne m'avait pu faire consentir à recevoir pour moi cette parole de Monsieur le Prince, qu'après m'avoir fait voir que le changement de profession de monsieur son frère ne lui laissait plus aucun lieu d'y prétendre pour lui. J'eus curiosité d'en savoir la cause, et tout ce qu'il m'en apprit fut que Mlle de Chevreuse était venue éveiller Monsieur. Comme je m'habillais, un page m'apporta un billet d'elle, où il n'y avait que ces deux mots: "Venez en diligence à Luxembourg, et prenez garde à vous par le chemin." Je trouvai Mlle de Chevreuse assise sur un coffre, dans l'antichambre, qui me dit que madame sa mère, qui se trouvait mal, l'avait envoyée à Monsieur, pour lui faire savoir que le Roi était sur le point de sortir de Paris; qu'il s'était couché à l'ordinaire, qu'il venait de se relever et qu'il était même déjà botté. Véritablement l'avis ne venait pas d'assez bon lieu. Le maréchal d'Aumont, capitaine des gardes en quartier, le faisait donner sous main et de concert avec le maréchal d'Albret, par la seule vue de ne pas rejeter le royaume dans une confusion aussi effroyable que celle qu'ils prévoyaient. Le maréchal de Villeroy avait fait donner au même instant le même avis par le garde des sceaux. Mlle de Chevreuse ajouta qu'elle croyait que nous aurions bien de la peine à faire prendre une résolution à Monsieur, parce que la première parole qu'il lui avait dite, lorsqu'elle l'avait éveillé, était: "Envoyez quérir le coadjuteur; toutefois qu'y a-t-il à faire?" Nous entrâmes dans la chambre de Madame, où Monsieur était couché avec elle. Il me dit d'abord: "Vous l'aviez bien dit. Que ferons-nous? - Il n'y a qu'un parti, lui répondis-je, qui est de se saisir des portes de Paris. - Le moyen, à l'heure qu'il est?" reprit-il. Les hommes, en cet état, ne parlent presque jamais que par monosyllabes. Je me souviens que je le fis remarquer à Mlle de Chevreuse. Elle fit des merveilles. Madame se passa elle-même. L'on ne put jamais rien gagner de positif sur l'esprit de Monsieur, et ce que j'en pus tirer fut qu'il enverrait de Souches, capitaine de ses Suisses, chez la Reine, pour la supplier de faire réflexion sur les suites d'une action de cette nature. "Cela suffira, disait Monsieur, car, quand la Reine verra que sa résolution est pénétrée, elle n'aura garde de s'exposer à l'entreprendre." Madame, voyant que cet expédient, n'étant pas accompagné, serait capable de tout perdre, et que pourtant Monsieur ne se pouvait résoudre à donner aucun ordre, me commanda de lui apporter un écritoire qui était sur la table de son cabinet, et elle écrivit ces propres paroles dans une grande feuille de papier: "Il est ordonné à Monsieur le Coadjuteur de faire prendre les armes et d'empêcher que les créatures du cardinal de Mazarin, condamné par le Parlement, ne fassent sortir le Roi de Paris. Marguerite de Lorraine." Monsieur, ayant voulu voir cette patente, l'arracha d'entre les mains de Madame; mais il ne la put empêcher de dire à l'oreille de Mlle de Chevreuse: "Je te prie, ma chère nièce, de dire au coadjuteur qu'il fasse ce qu'il faut, et je lui réponds demain de Monsieur, quoi qu'il dise aujourd'hui." Monsieur me cria, comme je sortais de sa chambre: "Au moins, Monsieur le Coadjuteur, vous connaissez le Parlement; je ne me veux pour rien brouiller avec lui." Mlle de Chevreuse tira la porte en lui disant: "Je vous défie de vous brouiller autant avec lui que vous l'êtes avec moi." Vous jugez aisément de l'état où je me trouvai; mais je crois que vous ne doutez pas du parti que je pris. Le choix au moins n'en était pas embarrassant, quoique l'événement en fût bien délicat. J'écrivis à M. de Beaufort ce qui se passait, et je le priais de se rendre, en toute diligence, à l'hôtel de Montbazon. Mlle de Chevreuse alla éveiller le maréchal de La Mothe, qui monta à cheval, en même temps, avec ce qu'il put ramasser des gens attachés à Messieurs les Princes. |
|  | | Richeliette Eminentissime

Nombre de messages: 2480 Age: 37 Localisation: auprès du Cardinal Date d'inscription: 08/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 13 Fév - 20:39 | |
| Cher Urs, quel plaisir de te lire, car il est très important de savoir ce qu'est devenue la politique de Ric après sa mort. Et hélas, la Fronde en est une partie bien "vivante" Je ne puis que te conseiller vivement de voir ce film http://www.cinemovies.fr/fiche_film.php?IDfilm=9630Librement inspiré des aventures de la Fronde, on peut mieux y détailler les caractères des protagonistes et l'angoisse du jeune roi à affronter le dur métier de Roi de France sans reperts paternels. Heureusement, Mazarin fut meilleurs dans le rôle de substitut que Ric avec Louis XIII. Toutefois, tu peux y voir les deux Chevreuse comploter avec le Retz qui lui, bien plus malin que ces dames, finira par... mais ça c'est une autre histoire  _________________ Les plus nobles conquêtes sont celles des cœurs et des affections.  |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 13 Fév - 21:06 | |
| Merci Richeliette....j'ai vu qu'il existe un DVD http://www.imdb.com/media/rm572169728/tt0107446mais il faudrait être en Europe pour l'acheter... [mon player est foutu, je ne peux même plus faire des recherches dans les archives ebn CD  ] je crois que ce film devrait être bon, parce que ce n'est point à "Les 3 Mousquetaires" sinon il faut tenir en compte la vraie histoire .... recherché avec précision dans les Mémoires du temps [comme celle du "Cardinal de Retz"] parce que d'où va sortir la belle Charlotte de Chevreuse .... c'est quasi l'unique information qui a survécu d'elle.... - des petites bêtise humains, certe, mais tel comme elle était! |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 13 Fév - 22:11 | |
| J'allai trouver Mlle de Chevreuse, je lui dis mes doutes; et, après l'avoir assurée que je ferais pour ses intérêts, sans exception, tout ce qu'elle voudrait, je la priai de me permettre de lui représenter qu'elle devait toujours parler du mariage de M. le prince de Conti comme d'un honneur qu'elle recevait, mais comme d'un honneur qui n'était pourtant pas au-dessus d'elle; que, par cette raison, elle ne devait pas le courre, mais l'attendre; que toute la dignité y était conservée jusque-là, puisqu'elle avait été recherchée et poursuivie même avec de grandes instances; qu'il s'agissait de ne rien perdre; que je ne croyais pas que l'on voulût manquer à ce qui avait été non seulement promis dans la prison, et que, sur ce titre, je ne comptais pas pour fort solide, mais à ce qui avait été confirmé, depuis par tous les engagements les plus solennels (vous remarquerez, s'il vous plaît, que M. le prince de Conti soupait presque tous les soirs à l'hôtel de Chevreuse);....// Mlle de Chevreuse donna dans mon sens, parce qu'elle n'en avait jamais d'autre que celui de l'homme qu'elle aimait. Madame sa mère y tomba, parce que sa lumière naturelle lui faisait toujours prendre avec avidité ce qui était bon. Laigue s'y opposa, parce qu'il était lourd et que les gens de ce caractère ont toutes les peines du monde à comprendre ce qui est double. // .... Je fis mon ambassade à Monsieur le Prince, je mis entre ses mains la prétention de mon chapeau, j'y mis le mariage de Mlle de Chevreuse. Il s'emporta contre moi, il jura, il me demanda pour qui je le prenais. Je sortis persuadé, et je le suis encore, qu'il avait toute l'intention de l'exécuter. Après le Conseil, la Reine envoya M. de La Vrilière demander les sceaux à M. de Châteauneuf; elle les donna, sur les dix heures du soir, à Monsieur le Premier Président, et elle envoya M. de Sully quérir son beau-père pour venir au Conseil tenir sa place de chancelier. La Tivolière, lieutenant de ses gardes, vint donner part à Monsieur, entre dix et onze, de ce changement. Mme et Mlle de Chevreuse n'oublièrent rien pour lui en faire voir la conséquence, qui ne devait pas être bien difficile à prouver à un lieutenant général de l'Etat, aussi, vivement et aussi hautement offensé qu'il l'était. Ce qui m'en a paru de plus sûr est qu'il me crut perdu, voyant la cour et Monsieur le Prince réunis, et croyant que Monsieur n'aurait pas la force de me soutenir contre eux. Il ne jugea pas bien; car je suis persuadé que si lui-même ne se fût pas détaché, Monsieur eût fait tout ce que nous eussions désiré, et qu'il l'eût même fait à jeu sûr. Il ne tint pas à moi de lui faire connaître qu'il le pouvait même sans lui, comme il était vrai; car, comme il fut entré, après cette conférence, dans la chambre de Madame, où Mme et Mlle de Chevreuse l'attendaient, je lui proposai, en leur présence, d'amuser, sous prétexte de consulter encore sur le même sujet, Messieurs les Princes; et je ne lui demandai que deux heures de temps pour faire prendre les armes aux colonelles, et pour lui faire voir qu'il était absolument maître du peuple. Madame, qui pleurait de colère et qui voulait, à toute force, que l'on prît ce parti, l'ébranla, et il dit: "Mais si nous prenons cette résolution, il faut les arrêter tout à cette heure, et eux et mon neveu de Beaufort. - Ils sont allés dans le cabinet des livres, répondit Mlle de Chevreuse, attendre Votre Altesse Royale; il n'y a qu'à donner un tour à la clef pour les y enfermer. J'envie cet honneur au vicomte d'Autel; ce sera une belle chose qu'une fille arrête un gagneur de batailles." Elle fit un saut en disant cela pour y aller. La grandeur de la proposition étonna Monsieur; et comme je connaissais parfaitement son naturel, je ne la lui avais pas faite d'abord, et je ne lui avais parlé que de les amuser. Comme il avait de l'esprit, il jugea bien que, dès qu'il y aurait du bruit dans la ville, il serait absolument nécessaire de les arrêter, et son imagination lui en arracha la proposition. Si Mlle de Chevreuse n'eût rien dit, je ne l'eusse pas relevée, et Monsieur m'eût peut-être laissé faire, ce qui lui eût imposé la nécessité d'exécuter ce qu'il avait imaginé. L'impétuosité de Mlle de Chevreuse lui approcha d'abord toute l'action. Il n'y a rien qui effraie tant une âme faible. Il se mit à siffler, ce qui n'était jamais un bon signe, quoiqu'il ne fût pas rare; il s'en alla rêver dans une croisée. Il nous remit au lendemain; il passa dans le cabinet des livres, où il donna congé à la compagnie, et Messieurs les Princes sortirent du [Luxembourg], en se moquant publiquement, sur les degrés, de "la guerre des pots de chambre." Comme j'étais, le lendemain au matin, dans la chambre de Mme de Chevreuse, le président Viole y entra, fort embarrassé, à ce qui nous parut. Il se démêla de l'ambassade qu'il avait à porter, comme un homme qui en était fort honteux. Il mangea la moitié de ce qu'il avait à dire, nous comprîmes par l'autre qu'il venait déclarer la rupture du mariage. Mme de Chevreuse lui répondit galamment. Mlle de Chevreuse, qui s'habillait auprès du feu, se mit à rire. Vous jugez bien que nous ne fûmes pas surpris de la chose; mais je vous avoue que je le suis encore de la manière: je n'ai jamais pu la concevoir; mais, qui plus est, je n'ai jamais pu me la faire expliquer. J'allai, au sortir de chez Monsieur, chez la Palatine, d'où je ne sortis qu'un moment devant la pointe du jour. J'ai fait tous les efforts que j'ai pu sur ma mémoire pour y rappeler les raisons qu'elle me dit du mécontentement qu'elle avait de Monsieur le Prince. Je sais bien qu'il y en avait trois ou quatre; je ne me ressouviens que de deux, dont l'une fut, à mon sens, plus alléguée pour moi que pour la personne intéressée, et l'autre était, en tout sens, très solide et très véritable. Elle prenait part à l'outrage que Mlle de Chevreuse avait reçu, parce que c'était elle qui avait porté la première parole du mariage. Monsieur le Prince n'avait pas fait ce qu'il avait pu pour faire donner la surintendance des finances au bon homme La Vieuville, père du chevalier du même nom, qu'elle aimait éperdument. Ce qui s'en vit fut que Mme de Chevreuse ne cessa point d'aller au Palais-Royal, dans le temps même que Monsieur le Prince s'y croyait le maître, et de parler à la Reine avec beaucoup de familiarité dès que le traité qu'il croyait avoir conclu avec Servien et Lionne fut désavoué. Elle était dans le petit cabinet, avec mademoiselle sa fille, le jour que la Palatine venait d'écrire à la Reine que j'irais au Palais. La Reine appela Mlle de Chevreuse, et elle lui demanda si je continuais dans cette résolution. Mlle de Chevreuse lui ayant répondu que j'irais, la Reine la baisa deux ou trois fois, en lui disant: "Friponne, tu me fais autant de bien que tu m'as fait de mal." La curiosité de la matière y attira beaucoup de dames, qui voyaient la séance des lanternes et qui en entendaient aussi les opinions. Mme et Mlle de Chevreuse s'y trouvèrent, avec beaucoup d'autres, le 13 de juillet (1651), qui fut la veille du jour auquel l'arrêt fut donné; mais elles furent démêlées d'entre toutes les autres par un certain Maillart, qui était un criailleur à gages dans le parti de Messieurs les Princes. Comme les dames craignent la foule, elles ne sortirent des lanternes qu'après que Monsieur et tout le monde fut retiré. Elles furent reçues dans la salle avec une huée de vingt ou trente gueux, de la qualité de leur chef, qui était savetier de sa profession. Mon nom n'y fut pas oublié. Je n'appris cette nouvelle qu'à l'hôtel de Chevreuse, où j'allai dîner après avoir ramené Monsieur chez lui. J'y trouvai Mme de Chevreuse dans la fureur, et mademoiselle sa fille dans les larmes. J'essayai de les consoler, en les assurant qu'elles en auraient une prompte satisfaction par la punition de ces insolents, dont je m'offris de faire faire, dès le jour même, une punition exemplaire. Ces indignes victimes furent rebutées, même avec indignation de ce qu'elles avaient été seulement proposées. "Il fallait du sang de Bourbon pour réparer l'affront qui avait été fait à celui de Lorraine." Ce furent les propres paroles de Mlle de Chevreuse; et tout le tempérament que Mme de Rhodes, instruite par M. de Caumartin, y put faire agréer fut qu'elles retourneraient, le lendemain, au Palais, si bien accompagnées qu'elles seraient en état de se faire respecter et de faire connaître à M. le prince de Conti qu'il avait intérêt à empêcher que ceux de son parti ne fissent plus d'insolence. Montrésor, qui se trouva par hasard à l'hôtel de Chevreuse, n'oublia rien pour faire concevoir et sentir aux dames les inconvénients qu'il y avait à faire une cause particulière de la publique, dans un moment qui pouvait attirer et même produire des circonstances aussi grandes et aussi affreuses que celles où un prince du sang pouvait périr. Quand il vit que tous ses efforts étaient sans effet, et vers la mère et vers la fille, il les tourna vers moi, et il fit tout ce qui fut en son pouvoir pour m'obliger à remettre mon ressentiment à un autre temps. Il me tira même à part, pour me représenter, avec plus de liberté, la joie et le triomphe de mes ennemis, si je me laissais emporter à l'impétuosité de ces dames. Je lui répondis ces propres mots: "J'ai tort, et par la considération de ma profession et par celle même des affaires que j'ai sur les bras, d'être aussi engagé que je le suis avec Mlle de Chevreuse; mais j'ai raison, supposé cet engagement, qui est pris et sur lequel il est trop tard de délibérer, de chercher et de trouver, dans la conjoncture présente, sa satisfaction. Je n'assassinerai pas M. le prince de Conti. Elle n'a qu'à commander sur tout ce qui n'est pas ou poison ou assassinat. Ce n'est plus à moi à qui il faut parler." Caumartin prit, à cet instant, la vue, que je vous viens de marquer, d'aller en triomphe au Palais, non pas comme bonne, mais comme la moins mauvaise, vu la disposition de la demoiselle. Il l'alla proposer à Mme de Rhodes, qui avait pouvoir sur son esprit: elle fut agréée. Les dames se trouvèrent dans les lanternes, le lendemain 14, qui fut le jour de l'arrêt, avec plus de quatre cents gentilshommes et plus de quatre mille hommes du gros bourgeois. Ceux du bas peuple, qui avaient accoutumé de clabauder dans la salle, s'éclipsèrent de frayeur, et M. le prince de Conti, qui n'avait point été averti de cette assemblée, dont les ordres furent donnés et exécutés avec un secret qui eut du prodige, fut obligé de passer, avec de grandes révérences, devant Mme et Mlle de Chevreuse, et de souffrir que Maillart, qui fut attrapé sur le degré de la Sainte-Chapelle, eût force coups de bâtons. Voilà la fin de l'une des plus délicates aventures qui me soient jamais arrivées dans le cours de ma vie. Elle pouvait être pernicieuse et cruelle par l'événement, parce qu'en ne faisant que ce que j'étais obligé de faire, vu les circonstances, j'étais perdu presque autant de réputation que de fortune, si ce qui pouvait fort naturellement y arriver y fût arrivé. J'en concevais tout l'inconvénient, mais je le hasardais; et je ne me suis jamais même reproché cette action comme une faute, parce que je suis persuadé qu'elle a été de la nature de celles que la politique condamne et que la morale justifie. Je reviens à la suite des remontrances. |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 13 Fév - 22:12 | |
| Voilà l'une des conversations de Mme de Chevreuse avec la Reine; il y en eut vingt ou trente de cette nature, dans lesquelles il se trouva, à la fin, que la Reine persuada à Mme de Chevreuse que j'étais assez fou pour m'être mis cette vision dans l'esprit, et dans lesquelles pareillement Mme de Chevreuse persuada à la Reine que je l'y avais effectivement beaucoup plus fortement qu'elle ne l'avait cru d'abord elle-même. Je ne m'oubliai pas de ma part: je jouai bien, je passai, dans les conversations que j'avais avec la Reine, de la rêverie à l'égarement. Je ne revenais de celui-ci que par des reprises, qui, en marquant un profond respect pour elle, marquaient toujours du chagrin et quelquefois de l'emportement contre Monsieur le Cardinal. Je ne m'aperçus pas que je me brouillasse à la cour par cette conduite; mais Mlle de Chevreuse, à laquelle madame sa mère avait jugé nécessaire de la faire agréer, pour la raison que vous verrez ci-après, prit en gré de la troubler, au bout de deux mois, par la plus grande et la plus signalée de toutes les imprudences. Je vous rendrai compte de ce détail, après que je me serai satisfait moi-même sur une omission qu'il y a déjà assez longtemps que je me reproche dans cet ouvrage. Je passai tout le soir à l'hôtel de Chevreuse; et, par hasard, je ne trouvai auprès de moi, lorsque j'en sortis, que neuf gentilshommes, qui étaient justement un nombre très propre à me faire assassiner. Mme de Rhodes, qui avait ce soir-là un carrosse de deuil tout neuf, voyant qu'il pleuvait, me pria de la mettre dans le mien, parce que le sien la barbouillerait. Je m'en défendis en lui faisant la guerre de sa délicatesse. Mlle de Chevreuse courut jusque sur le degré après moi, pour m'y obliger, et voilà ce qui me sauva la vie, parce que je passait par la rue Saint-Honoré pour aller à l'hôtel de Brissac, où Mme de Rhodes logeait, et qu'ainsi j'évitai le quai où l'on m'attendait. Il y avait déjà quelque temps que Mlle de Chevreuse m'avait averti qu'il disait tous les jours à madame sa mère qu'il fallait finir, que tout était en confusion, que nous ne savions tous où nous allions. Bartet, qui était vif, pénétrant et insolent, s'étant aperçu du faible, en prit le défaut habilement; il menaça, il promit, enfin il engagea Mme de Chevreuse à lui promettre qu'elle ne serait contraire en rien au retour de Monsieur le Cardinal, et qu'en cas qu'elle ne me pût gagner sur cet article, elle ferait tous ses efforts pour empêcher que M. de Noirmoutier, qui était gouverneur de Charleville et du Mont-Olympe, ne demeurât pas dans mes intérêts, quoiqu'il tînt ces deux places de moi....// J'éclatai contre lui avec fureur, et au point que, quoique j'allasse tous les jours chez Mlle de Chevreuse, qui se déclara ouvertement contre madame sa mère en cette occasion, je ne saluais ni lui ni Laigue, et ne parlais presque pas à Mme de Chevreuse. Je reprends la suite de mon discours. Vous vous pouvez souvenir de ce que je vous ai dit, sur la fin du second volume, d'une imprudence de Mlle de Chevreuse, à propos du personnage que je jouais de concert avec madame sa mère, à l'égard de la Reine. Elle en mit de part sa fille, contre mon sentiment, laquelle d'abord entendit très bien la raillerie; et je me souviens même qu'elle prenait plaisir à me faire répéter la comédie de la Suissesse: c'est ainsi qu'elle appelait la Reine. Il arriva un soir qu'y ayant beaucoup de monde chez elle, quelqu'un montra une lettre qui venait de la cour et qui portait que la Reine était fort embellie. La plupart des gens se prirent à rire, et je ne sais, en vérité, pourquoi je ne fis pas comme les autres. Mlle de Chevreuse, qui était la personne du monde la plus capricieuse, le remarqua, et elle me dit qu'elle ne s'en étonnait pas, après ce qu'elle avait remarqué depuis quelque temps; et ce qu'elle avait remarqué, s'imaginait-elle, était que j'avais beaucoup de refroidissement pour elle, et que j'avais même un commerce avec la cour, dont je ne lui disais rien. Je crus d'abord qu'elle se moquait, parce qu'il n'y avait pas seulement ombre d'apparence à ce qu'elle me disait; et je ne connus qu'elle parlait tout de bon, qu'après qu'elle m'eut dit qu'elle n'ignorait rien de ce qu'un tel valet de pied de la Reine m'apportait tous les jours. Il est vrai qu'il y avait un valet de pied [de] la Reine; qui, depuis quelque temps, venait très souvent chez moi; mais il est vrai aussi qu'il ne m'apportait rien, et qu'il ne s'y était adonné que parce qu'il était parent d'un de mes gens. Je ne sais par quel hasard elle sut cette fréquentation; je sais encore moins ce qui la put obliger à en tirer des conséquences. Enfin elle les tira; elle ne put s'empêcher de murmurer et de menacer. Elle dit, en présence de Séguin, qui avait été valet de chambre de madame sa mère, et qui avait quelque charge chez le Roi ou chez la Reine, que je lui avais avoué mille fois que je ne concevais pas comme l'on eût pu être amoureux de cette Suissesse. Enfin elle fit si bien par ses journées, que la Reine eut vent que je l'avais traitée de Suissesse, en parlant à Mlle de Chevreuse. Elle ne me l'a jamais pardonné, comme vous verrez par la suite; et j'appris que ce mot obligeant était allé jusques à elle, justement trois ou quatre jours devant que Monsieur le Prince arrivât à Paris. Vous concevez aisément que cette circonstance, qui ne me marquait pas que j'eusse lieu d'espérer qu'il pût y avoir, à l'avenir, beaucoup de douceur pour moi à la cour, n'affaiblissait pas les pensées que j'avais déjà de sortir d'affaire. Le lieu de la retraite n'était pas trop affreux; l'ombre des tours de Notre-Dame y pouvait donner du rafraîchissement, et le chapeau de cardinal la défendait encore du mauvais vent. J'en concevais les avantages, et je vous assure qu'il ne tint pas à moi de les prendre. Il ne plut pas à la fortune. Je reviens à ma narration. |
|  | | Céci d'ARMAND Pape

Nombre de messages: 798 Age: 35 Localisation: Ou je suis Date d'inscription: 11/06/2007
 | Sujet: PARENTHESE,ALAIN DECAUX ET ANDRE CASTELOT Jeu 14 Fév - 12:28 | |
| 21 AVRIL 1643: Le Dauphin est baptisé;le Cardinal de Mazarin est son parrain. Ainsi en a décidé Louis XIII,afin que le futur Roi soit lié au Cardinal par une parenté spirituelle.Après la cérémonie,on conduit le Dauphin au chevet de son père,qui lui demande: -"Comment vous appelez-vous,à présent? -Louis XIV,mon Papa." Louis XIII sourit faiblement et murmure: "-Pas encore,mon fils,pas encore,mais ce sera peut etre pour bientot." Louis XIII s'éteint le 14 mai,le jour anniversaire de son avènement,exactement après 33ans de règne,à une heure près...Le meme jour que son père,le Roi Henri IV... A savoir qu'à la mort du Cardinal de Richelieu,le ROI PLEURE,ressentant douloureusement la perte de celui qu'il appelait"son Cousin".Il adressera meme une lettre au Parlement pour exprimer publiquement l'estime dans laquelle il tenait son ministre. _________________ "QUIS ERIT SIMILIS MIHI?" Armand de Richelieu.
....Des plus petites étincelles naissent les plus grands embrasements...
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|  | | urs staub Roy

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 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Jeu 14 Fév - 16:38 | |
|  Tu possèdes dans quelque lieu le contenu de cette lettre?? |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Ven 15 Fév - 1:51 | |
| L'abbé Fouquet avait succédé, pour cette négociation, à Bartet. Je l'appris par Monsieur même, qui m'obligea, ou plutôt qui me força à la pénétrer plus que je n'eusse fait sans son ordre exprès; car, dans la vérité, depuis ce qui s'était passé à l'hôtel de Chevreuse quand Monsieur le Cardinal rentra dans le royaume, je n'y comptais plus rien, et je ne continuais même à y aller que parce que j'y voyais Mlle de Chevreuse, qui ne m'avait point manqué. Je me sentais obligé à Monsieur de ce qu'il n'avait ajouté aucune foi aux mauvais offices que Chavigny et Goulas me rendaient, du matin au soir, sur les correspondances de l'hôtel de Chevreuse avec la cour, qui donnaient, à la vérité, un beau champ de me calomnier; et ainsi je me sentis aussi plus obligé moi-même à les éclairer. Cette considération fit que, contre mon inclination, je pris quelques mesures avec l'abbé Fouquet. Je dis contre mon inclination; car le peu qui m'avait paru de cet esprit chez Mme de Guémené, où il allait voir assez souvent une Mlle de Ménessin, qui était sa parente, ne m'avait pas donné du goût pour sa personne. Il était, en ce temps-là, fort jeune; mais il avait, dès ce temps-là, un je ne sais quel air d'emporté et de fou qui ne me revenait pas. Je le vis deux ou trois fois, sur la brune, chez Le Fèvre de La Barre, qui était fils du prévôt des marchands et son ami, sous prétexte de conférer avec lui pour rompre les cabales que Monsieur le Prince faisait pour se rendre maître du peuple. Notre commerce ne dura pas longtemps, et parce que, de mon côté, j'en tirai d'abord les éclaircissements qui m'étaient nécessaires, et parce que lui, du sien, se lassa bientôt des conversations qui n'allaient à rien. Il voulait, dès le premier moment, que je fusse mazarin sans réserve, comme lui; il ne concevait pas qu'il fût à propos de garder des mesures. Je crois qu'il peut être devenu depuis un habile homme; mais je vous assure qu'en ce temps-là il ne parlait que comme un écolier qui ne fût sorti que la veille du collège de Navarre. Je crois que cette qualité put ne lui pas nuire auprès de Mlle de Chevreuse, de laquelle il devint amoureux, et laquelle devint aussi amoureuse de lui. La petite de Roie, qui était une Allemande, fort jolie, qui était à elle, m'en avertit. Je me consolai assez aisément, avec la suivante, de l'infidélité de la maîtresse, dont, pour vous dire le vrai, le choix ne m'humilia point. Je ne laissai pas de prendre la liberté de faire quelques railleries de l'abbé Fouquet, qui se persuada ou qui se voulut persuader, qu'elles avaient passé jeu, et que j'avais dit que je lui ferais donner des coups de bâton. Je n'y avais jamais pensé: il en a eu le même ressentiment que si la chose eût été vraie. Il contribua beaucoup à ma prison; et M. Le Tellier me dit à Fontainebleau, après que je fus revenu des pays étrangers, qu'il avait proposé maintes fois à la Reine de me tuer. Ma colère contre lui ne fut pas si grande: elle se mesura à ma jalousie, qui ne fut que médiocre. Mlle de Chevreuse n'avait que de la beauté, de laquelle l'on se rassasie quand elle n'est pas accompagnée. Elle n'avait de l'esprit que pour celui qu'elle aimait; mais comme elle n'aimait jamais longtemps, l'on ne trouvait pas aussi, longtemps, qu'elle eût de l'esprit. Elle s'indisposait contre ses amants, comme contre ses hardes. Les autres femmes s'en lassent: elle les brûlait, et ses filles avaient toutes les peines du monde à sauver une jupe, des coiffes, des gants, un point de Venise. Je crois que si elle eût pu mettre au feu ses galants, quand elle s'en lassait, elle l'eût fait du meilleur de son coeur. Madame sa mère, qui la voulut brouiller avec moi, quand elle se résolût de s'unir entièrement à la cour, n'y put réussir, quoiqu'elle eût fait en sorte que Mme de Guémené lui eût fait lire un billet de ma main, par laquelle je m'étais donné corps et âme à elle, comme les sorciers se donnent au diable. Dans l'éclat qu'il y eut entre l'hôtel de Chevreuse et moi, à l'entrée du Cardinal dans le royaume, elle éclata avec fureur en ma faveur; elle changea deux mois après, à propos de rien et sans savoir pourquoi. Elle prit tout d'un coup de la passion pour Charlotte, une fille de chambre fort jolie, qui était à elle, qui allait à tout; elle ne lui dura que six semaines, après lesquelles elle devint amoureuse de l'abbé Fouquet, jusques au point de l'épouser si il eût voulu.Ce fut dans ce temps que Mme de Chevreuse, se voyant assez hors d'oeuvre à Paris, prit le parti d'en sortir et de se retirer à Dampierre, sous l'espérance que Laigue, qui avait fait un voyage à la cour, lui rapporta qu'elle y serait très bien reçue. Je déchargeai à Mlle de Chevreuse mon coeur, qui en vérité n'était pas fort gros, et je ne laissai pas de faire accompagner la mère et la fille, et au sortir de Paris et même dans la campagne, jusques à Dampierre, par tout ce que j'avais auprès de moi et de noblesse et de cavalerie. Je ne puis finir ce léger crayon que je vous donne ici de l'état où je me trouvais à Paris, sans rendre la justice que je dois à la générosité de Monsieur le Prince. Laigue, qui m'avait traité assez familièrement devant son départ, recommença à me voir soigneusement et presque sur l'ancien pied; et Mlle de Chevreuse même, par l'ordre de madame sa mère, si je ne suis fort trompé, me fit des avances pour se raccommoder avec moi. Elle avait les plus beaux yeux du monde, et un air à les tourner qui était admirable, et qui lui était particulier. Je m'en aperçus le soir qu'elle arriva à Paris; mais je dis simplement que je m'en aperçus. J'en usai honnêtement avec la mère, avec la fille et avec Laigue, et rien de plus. L'on pourrait croire qu'il n'y aurait, en ces rencontres, qu'à en user ainsi pour se tirer d'affaire; mais il n'est pas vrai, parce que les avances que ceux qui s'adoucissent font aux puissances tournent toujours infailliblement au désavantage de celui qui les désavoue en ne les suivant pas; et, de plus, il est bien difficile que ceux qui sont désavoués n'en conservent toujours quelque ressentiment, et ne donnent au moins, dans la chaleur, quelque coup de dent. Je sais que Laigue m'en donna, même grossièrement, et à droit et à gauche. Je n'ai rien su sur cela de Mme de Chevreuse, qui d'ailleurs a de la bonté, ou plutôt de la facilité naturelle. Mlle de Chevreuse ne me pardonna pas ma résistance à ses beaux yeux; et l'abbé Fouquet, qui servait en ce temps-là son quartier auprès d'elle, a dit, depuis sa mort, à un homme de qualité, de qui je le sais, qu'elle me haïssait autant qu'elle m'avait aimé. Je puis jurer, avec toute sorte de vérité, que je ne lui en avais jamais donné le moindre sujet. La pauvre fille mourut d'une fièvre maligne, qui l'emporta en vingt-quatre heures, devant que les médecins se fussent seulement doutés qu'il pût y avoir le moindre péril à sa maladie. Je la vis un moment, avec Madame sa mère, qui était au chevet de son lit, et qui ne s'attendait à rien moins qu'à la perte qu'elle en fit le lendemain matin à la pointe du jour.Voilà ce sont tous les fois que le cardinal de RETZ avait cité le nom de mlle de Chevreuse dans ses Mémoires! |
|  | | Céci d'ARMAND Pape

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 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Ven 15 Fév - 10:13 | |
| Merci,Urs,on en sait bien plus,maintenant!  Pour la lettre,c'est ALAIN DECAUX ET ANDRE CASTELOT qui en parle dans leur livre"LOUIS XIII ET RICHELIEU"Editions Liriade,1997.Un livre pas épais,mais qui contient des choses inédites pour moi,qui,comme tout le monde sait,n'est pas une référence!!!  _________________ "QUIS ERIT SIMILIS MIHI?" Armand de Richelieu.
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|  | | urs staub Roy

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 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Lun 18 Fév - 5:18 | |
| pour toutes sortes de informations, annecdotes etc. etc..... le plus important sont les sources desquels se sont inspirés les auteurs..... un champs très vaste aussi pour commettre des fautes et incorrections de toutes sortes! C'est vraiment bien difficile de savoir si un détail est vraiment historique ou bien peu a peu cru dans "le folklore populaire" à travers les siècles! Un exemple: En ce moment je me rappele.... - de l'exécution de Jussac: - qui était exécuté à Amiens [?] mais sûrment pas à Paris....[comme Louis de Marillac] mais j'ai lu dans un livre qu'il était exécuté à Paris.... alors cet auteur a profondement dormi.... pare qu'il existe une déscription détailé de tout l'aventure! |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mar 19 Fév - 23:06 | |
| Texte du portrait de Mlle de Chevreuse : La beauté et la vertu de cette jeune princesse l’ont fait égallement admirer le reste de sa vie et regretter après sa mort. %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Le duc de Lorraine se va souvent promener au Cours avec Mademoiselle [de Montpensier] ou mademoiselle de Chevreuse, devant lesquelles il dit des ordures qui les rendirent honteuses le plus souvent, et dont la comtesse de Fiesque, madame de P(u)isieux et autres dames semblables se sont fort scandalisées. %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Extrait d’une lettre de Marie de Rohan duch. de Chevreuse à la Reine Anne d’Autriche, Régente de France : « TOURS, 20 novembre 1644 Madame.....// etc ..... Madame, que dans la créance que j’ai de son innocence, il ne m’ait été extremement sensible que cette qualité de mon domestique ait été la seule présomtion de son crime. Mais je vous advoue que celle qui est arrivée encore depuis 4 ou 5 jours par l’emprisinnement d’un médecin italien, qui est chez moi depuis quelque temps me toucha tellement que je ne puis croire estre assez malheureuse pour que V. M. refuse cet accès à mes justes ressentiments ; ce qui s’est fait avec violence qui ne furent jamais pratiquées en semblables choses, aiant pris l’occasion pour cela qu’il estoit dans le carosse de ma fille, laquelle on fist descendre, deux archers lui tenant le pistolet à la gorge et criant sans cesse - tue, tue, - et autant aux femmes qui estoient avec elle. Ce procédé est si extraordinaire que, comme j’attends de vostre justice pour me faire faire rendre satisfaction en la personne de ma fille, j’ose me propemttre de même de votre bonté pour ma sureté à l’avenir contre telles rencontres ; et quoique j’aie assez de subject de la prendre de mon innocence, j’ai de si fascheuses expéiences de mon malheur que V.M. trouvera bon que je la lui demande avec d’autant plus d’instance que m’ayant ordonné de demeurer en ce lieu où je mesuis privée du seul bien que je souhaite au monde, c’est la seule consolation qui me reste que d’y avoir sureté pour moi et ma maison, et de pouvoir prier Dieu en repos qu’il vous comble d’autant de prospérité que vous en désire, Madame, de V.M., la très-humble et très-obéissante sujette, Marie de Rohan » %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Une anecdote, raconté par Tallemant, peut faire juger des capices de la belle Lolo [Mme de Gondran] et de la complaisance que Sévigné mettait à les satisfaire. Des pendants d’oreille de mademoiselle de Chevreuse avaient plu à madame de Gondran, qui désira les porter dans une soirée du carnaval. Sévigné se les fit prêter, pour mademoiselle de La Vergne, disait-il. On s’étonna de voir les pendants de mademoiselle de Chevreuse aus oreilles de madame de Gondran: et pour tirer Sévigné d’un embarras qui devenait fâcheux, mademoiselle de La Vergne fut obligée de prendre tout sur elle, et d’aller remercier mademoiselle de Chevreuse Tallemant - original: Le Carnaval, Sevigny [M. de Sévigné] emprunta les pendans d’oreilles de mademoiselle de Chevreuse pour mademoiselle de La Vergne [= Marie-Madeleine de La Fayette], et puis les porta à madame de Gondran. Deux jours après on demande à Mademoiselle de Chevreuse d’où venoit qu’elle avoit presté ses pendans d’oreilles à madame de Gondran; la chose s’esclaircit, et mademoiselle de La Vergne fut obligée d’aller remercier Mademoiselle de Chevreuse. %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Mlle de Montpensier : Mémoires 1652 A une petite maison à Saint-Fargeau : ... « .... J’y reçus une nouvelle qui me surprit fort, la mort de mademoiselle de Chevreuse, arrivée en trois jours. Je la plaignis extrêmement : c’étoit une belle et bonne fille ; elle n’avais pas beaucoup d’esprit. » %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Lettres de La Fronde : De Paris 8 novembre 1652 « Mlle de Chevreuse mourut, hier au matin, apres 4 jours de maladie de la petit verolle, meslée de pourpre et de fievre continue. Elle avoit 40 à 50 mille esus de rente, dont M. de Guise herite d’une partie, et M de Chevreuse de l’autre. » %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% Extraits : «Lettres de La Fronde» Mars 1650: "Le mareschal de Granmont [époux de la "cousine" de Pontchâteau] partit hyer d'icy pour s'en aller à la Cour. Le duc de Richelieu partit aussy pour y aller avec Madame sa femme. [Anne de Poussart du Vigean - veuve de Pons] Mme d'Aigullion est tousjours dans la resolution de faire casser ce mariage; et l'on asseure que comme il n'y a point de difficulté, elle a arresté avec Mme de Chevreuse de le marier avec sa fille. L'abbé de Richelieu est demeuré icy et s'est accomodé avec sa tante, laquelle luy a donné 10 mille escus pour son entretien, à condition qu'il continue ses estudes." %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% MÉMOIRES de Madame de MOTTEVILE : 1649 – 12 avril 1649 - Arrivé de Madame de Chevreuse avec sa fille Bruxelles « Ce prince [le duc de Chevreuse], qui, sourd et âgé de quatre-vingts ans*, avoit encore bonne mine, lui voulut répondre de la fidélité de cette princesse; mais la Reine s’en moqua, et ne crut pas qu’il pût lui en être un bon garant, lui faisant entendre assez librement qu’il n’auraoit pas un grand pouvoir pour elle. Il dit à la Reine qu’il avoit trouvé mademoiselle de Chevreuse sa fille fort embellie, et qu’elle avoit des yeux capables d’embraser toute la terre. La Reine sourit, et lui répondit, en criant de toute sa force, qu’il avoit trop d’amourpour la beauté, qu’il falloit qu’il commençât à aimer le ciel et la vertu. Mademoiselle de Chevreuse étoit belle: elle avoit en effet de beaux yeux; une belle bouche et un beau tour de visage; mais elle étoit maigre, et n’avoit pas assez de blancheur pour une grande beauté. Sans doute qu’elle n’étoit point embellie depuis que la disgrâce de madame de Chevreuse, sa mère, les avoit éloignées toutes deux de la cour; car il est rare de voir que les années embellissent les dmes passé de dix-huit ans. » - * Né en 1578 ...en 1649 il avait alors 71 ans [Urs: ahhh - comment on a pensé au 17ème sur la beauté!] « Après avoir salué le Roi et parlé un moment au ministre, elle [duch. de Chevreuse] se retira, et la Reine dit avec exclamation, à une personne du conseil, qu’en toutes choses elle n’étoit plus madame de Chevreuse, et qu’elle la trouvoit aussi changée qu’elle l’étoit pour elle: voulant parler particulièrement de son visage, qui n’avoit plus guère de traces de sa beauté passé. Il y eut une grande presse dans l’antichambre de la Reine pour la voir passer ; et je remarquai, pa cette curiosité publique, combien le bruit des choses extraordinaires donne d’éclat. Mademoiselle de Chevreuse sa fille, dont la beauté étoit célébrée, quoiqu’ elle ne fût pas parfaite, reçut de grandes louanges de ceux qui la virent : tant ce qui est nouveau plaît presque toujours, et ce qui ne plaît pas ne laisse pas d’être admiré. » « Le Roi , selon sa coutume, mena danser Mademoiselle ; le prince de Condé, mademoiselle de Chevreuse, madame de Longueville fut menée par le duc de Rohan ; et le duc de Mercoeur, se déclarant vouloir épouser mademoiselle de Mancini, fut celui qui dansa avec elle. »
Dernière édition par urs staub le Mar 19 Fév - 23:12, édité 3 fois |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Mer 20 Fév - 2:54 | |
| EXTRAITE des - Lettres de La FRONDE - : De Paris: 1 octobre 1649 D'autre costé l'on avisa de quelques moyens de desunyr M. de Beaufort d'avec M. le Prince, ce qui n'avoit pas pourtant reeussy; et parce qu'on avoit sceu que S.A. estoit en disposition d'appuyer aupres du duc de Longueville (qui arriva icy le 24) le mariage du duc de Beaufort avec Mlle de Longueville, l'on offrit de la part de la Reyne à celuy cy de le marier avec Mlle de Chevreuse, et luy donner en faveur de ce mariage le gouvernement d'une place frontiere pour sa seurté (quelq'ungs veulent que s'estoit [c'estoit] Sedan) avec grandz avantages, sans l'obliger de veoir M. le Cardinal. 17 janvier 1650 MM. de Bouteville et Vireville [?] furent au mesme palais et demanda pardons, protection à S.A.R., quy les envoya à la Reine. Le premier s'en porta à faire des reclamations pour la detentions de M. le Prince, quy a dict que c'estoit des violanse bien injuste d'arrester un premier prince du sangt qui avoit sauvert l'Estat tant de fois; à quoy M. de Laigu ayant faict quelque reparty qui luy deplust, M. Bouteville le querellera et il commancer [ils commencerent] à sortir tout deux pour se battre, dont Mlle de Chevreuse, qui estoit dans la chambre de Madame, estant averty par le rapport qu'on en fict audit, courut vit apres luy toute seule et ayant attrappé M. de Laigu sur le grand escallier, l'emmena elle mesme devant S.A.R., qui luy dict de n'en sortir point. 19 janvier 1650 On dit que M. de Beaufort est accommodé avec M. le Cardinal. Il le doibt saluer aussy tost qu'il sera absous au Parlement, et qu'ensuitte le mariage de M. de Mercoeur se doibt faire avec la niepce de M. le Cardinal, et celuy de M. de Beaufort avec Mlle de Chevreuse, mais ce sont des bruitz de ville. 18 mars 1650 Le mareschal de Granmont partit hyer d'icy pour s'en aller à [la] Cour. Le duc de Richelieu partit aussy pour y aller avec Madame sa femme. Mme d'Aigullion est tousjours dans la resolution de faire casser ce mariage; et l'on asseure que comme il n'y a point de difficulté, elle a arresté avec Mme de Chevreuse de le marier avec sa fille. L'abbé de Richelieu est demeuré icy et s'est accomodé avec sa tante, laquelle luy a donné 10 mille escus pour son entretien, à condition qu'il continue ses estudes. 29 mai 1650 Mlle de Chevreuse traitta M. le Cardinal à disner et apres eut une grande conference avec luy. 10 juin 1650 La semaine passée M. de Beaufort feut mal avec M. le Coadjuteur à cause de quelques faux rapportz qu'on avoit faict pour les diviser, mais Mlles de Montbazon et de Chevreuse les ont accommodés, et despuis ilz ont protesté l'ung et l'autre de ne croire jamais aucung raport que l'on pourroit faire pour les diviser. 6 septmbre 1650 M. de Beaufort et Mlles de Chevreuse et de Montbason pressent extraordinairement M. le duc d'Orleans de prendre M. le Coadjuteur pour son ministre, et de le faire loger dans son palais à l'apartement où estoit logé M. l'abbé de la Riviere, mais il y a plusieurs personnes aupres de S.A.R. qui l'en dissuadent. 17 février 1651 L'on tient pour asseuré le desseing qui avoit esté pris de faire sortir le Roy la nuict du 9 au 10 et qu'il devoit sortir du Palais Royal luy sixiesme, ce qui ce [se] confierma le xi par l'advis apporté à M. le duc d'Orleans par Chamboy que le cardinal Mazarin avoit couché le 9 au Pont de l'Arche et le x dans le Vieux Palais de Rouen, où estant entré par la porte de derriere, il dit que le Roy y arriveroit dans 2 jours par des voyes si extraordinaires que tout le monde en seroit surpris. Aussy est-il vray que le Cardinal ne sortit d'icy que dans l'esperance que le Roy le suivroit dans un jour ou deux, ayant esté persuadé de cela par M. le Garde des Sceaux et par Mme d'Aigullion, lesquelz despuis n'ont pas esté d'advis de cette sortie, non plus que Mme de Chevreuse, contre laquelle la Reyne s'est plainte de ce qu'elle s'estoit remise dans le party des Frondeurs et de MM. les princes dans l'esperance qu'on luy avoit donné de marier le prince de Conty avec sa fille. 24 février 1651 S.A.R. avec les Frondeurs avoint fait il y a quelques mois un traitté secret avec MM. les princes, et on asseure qu'ilz estoint demeurés d'accord entre autres de 2 mariages: le premier, du petit duc d'Anguien avec la petite Mlle de Valois, 2e fille de S.A.R., et l'autre, de M. le prince de Conty avec Mlle de Chevreuse; et quoy que Sadite A.R. aye declairé à M. le Prince, 2 jours apres son arrivée, qu'elle en remettoit l'execution à sa volonté, neamoings on asseure que celuy cy a fait prier S.A.R. de consentir que celuy du petit duc d'Anguien avec sa fille feut arresté dès à present. Quant à celuy de Mlle de Chevreuse, on croit qu'il s'executera dans quelque temps et que les articles sont sur le point d'estre accordés de part et d'autre. 25 février 1651 Le mesme jour Mme la duchesse d'Orleans receut une lettre du petit duc d'Anguien par laquelle il a remertioit de la liberté de Monsieur son pere et de Messieurs ses oncles. L'on doit dresser les articles du mariage de la petite Mlle de Valois avec ce prince, auquel M. le prince de Conty resigne tous ses benefices et doit espouser Mlle de Chevreuse apres Pasques. 10 mars 1651 Il y eut different la semaine passée entre M. de Beaufort et M. le Coadjuteur, mais ilz sont maintenant d'accord par l'entremise de S.A.R. Le suject de ce different venoit de ce que M. de Beaufort estoit fasché de ce que M. le Coadjuteur ne luy avoit pas confié le secret du mariage d'entre M. le prince de Conty avec Mlle de Chevreuse, qu'il avoit conclut et arresté avec M. Arnaut, mareschal de camp, il y a 5 ou 6 mois. M. le Coadjuteur respondit qu'il n'avoit creu devoir confier ce secret à personne, puisque c'estoit un secret de M. le Prince; et que si c'eut esté un affaire ou commune d'interest entre eux, ou qui eut regardé M. de Beaufort en particulier, il n'auroit pas manqué de la communiquer, dont il est demeuré satisfait; mais le vray suject pour lequel il ne luy avoit rien dit estoit parce que Mme de Chevreuse ne l'avoit pas voulu, disant que M. de Beaufort n'auroit pas caché ce secret à Mme de Montbazon, laquelle auroit peu traverser le desseing de ce mariage, dont elle n'est pas bien ayse parce qu'elle avoit eu parolle de feu Mme la Princesse douairiere que M. de Conty espouseroit Mlle de Montbazon. 24 mars 1651 Le mesme jour les articles du mariage du prince de Conty avec Mlle de Chevreuse feurent signés ches Madame sa mere, où S.A.R., M. le Prince, Mme de Longueville, M. le Coadjuteur, et quelques autres souperent. Neamoings M. le prince de Conty ne s'y peut pas trouver à cause d'une blessure qu'il avoit receue à la jambe deux jours auparavant. 31 mars 1651 Le courrier que M. le prince de Conty avoit envoyé à Rome en revient le 26, ayant apporté la despense de son mariage avec Mlle de Chevreuse, sa cousine au 4e degré. Ce mariage se doit consommer aussytost apres Pasques. Ce courrier n'a pas apporté les bulles de ses benefices pour le sieur de Montreuil, parce qu'elles n'estoint pas expediées mais bien accordées pour tous les benefices, excepté pour l'abbé de Cluny, à cause que c'est un chef d'ordre et qu'elle est eslective; ce qui a obligé d'envoyer aussytost un courrier à Cluny pour faire eslire M. le duc d'Anguien. 14 avril 1651 M. le prince de Conty n'ayant pas visitté Mlle de Chevreuse pendant ses [ces] festes, l'on a creu que le mariage ne ce [se] faisoit point; mais il feut ches elle avant hier, ce qui fait croire que le mariage ce [se] fera la semaine prochaine, d'autant plus que M. le Prince dit qu'il observeroit punctuellement et inviolablement touttes les parolles que luy et son frere avoint donné. Il en avoit obtenu, il y a plus de 3 semaines, l'aprobation de la Reyne par escrit. 21 avril 1651 Le 15 du courant, au soir, le Conseil s'estant tenu au Palais Royal, où M. le duc d'Orleans et MM. les princes se trouverent avec MM. le Chancellier, de Chavigny, Servient, et Le Tellier, la Reyne y proposa d'abord de rompre ou du moings differer le mariage de M. le prince de Conty avec Mlle de Chevreuse, representant qu'il avoit esté conclut et arreté contre sa volonté; qu'on avoit extorqué d'elle par force son consentement par escrit, pendant que Leurs M. estoint assiegées dans le Palais Royal; et qu'elle ne pouvoit establir une entiere confiance en la personne de MM. les princes à moings que ce mariage feut differé, parce que l'esprit de Mme de Chevreuse luy estoit tropt suspect; que tout le monde le cognoissoit asses. M. le duc d'Orleans ayant dit que c'estoit un affaire de M. le Prince, celuy cy suplia la Reyne d'y vouloir consentir; ce que Sa M. ayant refusé, il dit qu'il n'avoit jamais que de l'obeissance pour elle et qu'il ne vouloit pas luy desobeir, et messieurs ses freres en dirent autant; apres quoy la resolution feut prise de le differer. A la sortie M. le Prince envoya le president Violle à Mme de Chevreuse pour luy dire ce qui s'estoit passé au Conseil et la prier de luy donner du temps pour tascher de mesnager l'esprit de la Reyne à consentir le mariage, et qu'il l'iroit veoir le lendemain pour conferer avec elle sur ce subject; mais elle ne se peut empescher de se plaindre hautement du proceddé de M. le Prince, l'accusant d'avoir luy mesmes cherché les moyens de faire incontinent apres qu'il feut arrivé, lors qu'elle luy rendit, à l'imitation de M. le duc d'Orleans, la promesse de mariage qu'elle avoit signée de luy et messieurs ses freres; et lors qu'elle luy dit qu'elle ne vouloit pas se prevaloir de ce qu'il pouvoit avoir fait plus par force que de bon gré dans sa prison, et qu'ensuitte il ne devoit pas avoir envoyé à Rome ny avancer l'affaire jusques au point qu'elle estoit, pour la faire rompre lors que le mariage estoit prest à estre consommé. M. le Prince dit à cela que la Reyne le veut ainsy et qu'il ne veut pas luy desobeir, mais qu'il fera son possible pour l'obliger l'esprit de Sa M. à se relascher là dessus. Cepandant on asseure que Mme de Chevreuse a receu ordre de se retirer, mais qu'elle n'y veut pas obeir, et qu'il y a 2 à 300 gentilhommes qui ont signé une ligue pour venger l'affront fait à Mme de Chevreuse; et cest affaire fait grand bruit, mais M. le Prince s'en mocque. Mme de Chevreuse s'estant bien remise aupres de la Reyne, la feut visitter le 21 et eut une asses longue conference avec elle. Ses visittes ont depuis continué au Palais Royal, et l'on dit que l'offre qu'elle a fait à Sa M. de donner retraitte au cardinal Mazarin dans la principauté de Kerpen, proche de Cologne, qu'elle a achepté pendant sa disgrace, n'a pas peu contribué à son accommodement. On croit /415v/ mesmes que le mariage de M. le prince de Conty avec Mlle de Chevreuse n'est pas tout à fait rompu pour estre differé, et plusieurs en ont bonne esperance. 23 avril 1652 Il y a quelques negotiations qui se proposent de la part de la Cour à S.A.R., et l'on asseure que Mme de Chevreuse et Mme d'Aigullion s'y employent fort, mais elles n'y avancent encor rien. 7 juin 1652 Le 4 du courant, le duc de Lorraine dina ches Mme de Chevreuse, et feut veoir, le mesme jour, Mme de Lorraine, sa femme. Le soir, il feut au Cours avec Mlle de Chevreuse, et ne revient qu’à 3 heures apres minuit, et ne laissa d’estre levé le lendemain à 6 heures du matin, n’ayant dormy que 2 ou 3 heures chasque nuit despuis qu’il est icy. Il n’estoit pas d’accord avec M. le Prince pour le commandement des 2 armées, parce qu’il ne veut que la sienne reçoive aucung ordre d’autre que luy; mais S.A.R. les ayant accommodé, en sorte qu’ilz commanderont chacung la sienne, il feut visitter M. le Prince le matin du 5, et ensuitte il alla disner ches le commandeur de Souvré. 8 novembre 1652 Mlle de Chevreuse mourut, hier au matin, apres 4 jours de maladie de la petite verolle, meslée de pourpre et de fievre continue. Elle avoit 40 à 50 mille escus de rente, dont M. de Guise herite d’un partie, et M. de Chevreuse de l’autre. %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% 15 novembre 1652 Le 12, à 9 heures du soir, M. du Plessis Guenegaud feut porter l’ordre à M. de Chasteauneuf, de sortir de Paris dans 24 heures, et de se retirer à Bourges; et lors qu’on en a demandé le suject à la Reyne, elle respondit qu’on luy avoit dit qu’il falloit l’esloigner de la Cour, parce qu’il estoit d’intelligence avec S.A.R.; qu’il n’avoit pas des bons sentimentz pour M. le Cardinal; et qu’il avoit tous les jours tropt de monde ches luy. Toutte la Cour, et les principaux de Paris, le visitterent le lendemain sur ce suject, apres quoy il partit le soir, pour aller coucher à Montrouge, et poursuivre son chemin hier, ayant eu permission de demeurer un jour à Montrouge. L’on a creu que le commandeur de Jars suivroit sa fortune, et Mme de Chevreuse, mais l’on n’en veoit point encor d’effect. 8 juillet 1653 Leurs M. feurent dimanche dernier aux Bernardins, à la benediction de Mlle de Chevreuse*, abbesse du Pont aux Dames, où M. l'evesque de Meaux fit l'office, et l'evesque de Rennes, comme grand ausmonier, y communia la Reyne. = * Henriette de Lorraine (1631 – 25.01.1694) abbesse de Jouarre |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Dim 2 Mar - 16:25 | |
| en e moment je me rends compte que Le marquis de Richelieu = Jean-Baptiste Amador ["abbé de Richelieu" - 1652] (08.11.1632, Le Havre? - 11.04.1662, Paris) [§ : 06.11.1652] Anne-Jeanne-Baptiste de Beauvais (1637(36) - 30.04.1663, Paris) c'est marié calandestin le 6 novembre 1652 & couché avec sa [plus ou moins belle] Anne de Beauvais [fille de la femme de chambre de la Reine Anne d'Autriche] au Palais Royal.... cependant ..... a quelque pas du Palais [au Hôtel de Chevreuse....près du Louvre?], - la très belle Charlotte de Lorraine, Mlle de Chevreuse, était dans ses dernière respirations, accompagnée de sa souffrante mère en désespoir....  |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Dim 13 Avr - 6:46 | |
| soupçon très fort: Mademoiselle de Chevreuse empoisonnée par son amant ~ le cardinal de RETZ: Mémoires de Guy Joly page 69/70 [1652] "Quoi qu'il en soit, la novelle de cette promotion [=le cardinlat de Retz] étant arrivée à Paris par le courrier du grand duc, qui devança celui de l'abbé Charier, le coadjuteur, qui prit aussitôt le titre de cardinal de Retz, l'envoya annoncer à tous ses amis, qui en témoignèrent une joie extrème, à la réserve de madame et de mademoiselle de Chevreuse, qui en parurent peu touchées, attendu qu'elles avoient découvert les intrigues de ce prélat avec la princesse palatine. Ce n'est pas qu'il n'eût toujours continué de vivre bien avec elles et d'y être fort assidu. Aussi s'acquittèrent-elles fort exactement à son égard de toutes les démonstrations extérieures usitées dans des occasions de cette nature. Mais on voyoit bien leur joie n'étoit pas naturelle ni sincère, surtout celle de mademoiselle de Chevreuse, qui ne jouoit pas si bien son jeu que madame sa mère, et qui pouvoit avoir d'autres sujets de mécontement que celui de la jalousie des affaires et le comerce avec la princesse palatine. Le cardinal de Retz de son côté, avoit trouvé mauvais que madame de Chevreuse eût fait l'abbé Fouquet son principal agent à la cour; de sorte que de part et d'autres il y avoit des sujets de refroidissement, qui cependant ne furent connus que de peu de personnes: les marques extérieurs de bonne intelligence ayant duré jusque'à la mort de mademoiselle de Chevreuse, qui arriva peu de mois après.
Cette mort [le 7.11.1652] surprit tout le monde, mademoiselle de Chevreuse n'ayant été malade que trois ou quatre jours, sans aucun mauvais accident que celui qui l'étouffa tout d'un coup.
On remarqua que son visage et son corps devinrent tout noirs, aussi bien que l'argenterie qui étoit dans sa chambre; de sorte que le bruit courut que c'étoit un effet du poison qu'elle avoit pris elle-même, ou que madame sa mère lui avoit donné pour des raisons secrètes. Quio qu'il en soit, le cardinal de Retz reçut cette nouvelle avec tant d'indifférence, que cela fit de la peine à ceux qui savoient la manière dont il avoit vécu avec elle!" |
|  | | urs staub Roy

Nombre de messages: 2353 Date d'inscription: 11/05/2005
 | Sujet: Re: la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" Dim 13 Avr - 6:56 | |
| comme j'ai découvert tout cette histoire horrible de Retz et sa cousine, la marquise d'Asserac [vivante à deux pas du "Petit-Luxembourg" au Couvent du Calvaire] - - il semble justement qu'il avait connu à Rome des hommes expertes en poison [comme il est déclaré dans l'histoire de L'abbé Blache] il est extrême fort à croire que Retz a empoisonné la belle Mlle de Chevreuse qui était son amante peu de temps avant. Il est a conclure que Retz [et sa cousine Marquise d'Asserac] étaient des multiples ASSASSINS par poison !! Il était alors un "super-très-grand" F-D-P!! Richelieu comme un clairvoyant avait raison : " Voilà, un dangereux esprit!"
Dernière édition par urs staub le Mar 15 Avr - 5:14, édité 2 fois |
|  | | | | la duchesse de Chevreuse - "la chevrette" | |
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