son premier biographe du 17ème:
L'HISTOIRE DU CARDINAL DE RICHELIEU
Livre premier
Son illustre extraction
CHAPITRE I
Il me faudrait travailler d’abord à décrire les singuliers avantages de cette ancienne et illustre Famille, remarquer les hautes et puissantes alliances, auxquelles en divers temps elle est entrée, et rapporter les grands et signalés services, qu’elle a rendus à l’Etat depuis plus de quatre siècles; en un mot, il me faudrait commencer l’Histoire du CARDINAL DUC DE RICHELIEU par la description de la généalogie, si je n’avais été prévenu par feu M. du Chesne, auteur généralement reconnu non moins fidèle et sincère, que savant ou plutôt consommé en la recherche des généalogies, lequel en a dressé une sur des titres et des monuments authentiques. C’est pourquoi je me contenterai de remarquer sommairement après lui, que cette Famille, qui porte d’argent à trois chevrons de gueule, a tiré son origine, et son nom, de la terre du Plessis en Poitou; et que Laurens du Plessis, Seigneur de Loriaque en Chypre, se signala dès le règne de Philippe Auguste, par ses exploits et son zèle, ayant été un de ceux qui se croisèrent pour l’expédition d’Outre Mer, et qui furent faits Chevaliers au Mors, dont même il laissa le surnom à la postérité, par Guy de Luizignan roi de Jérusalem et de Chypre. Guillaume I du nom, son neveu, qui avait, outre la seigneurie Du Plessis, celle des Breux et de la Vervolière, laissa deux fils; dont le puîné, qui était Jean Du Plessis, ayant passé en Angleterre, avec quelque autre noblesse du Poitou, il épousa en premières noces Chrétienne de Sanford, fille de Hugues de Sanford chevalier anglais, et en secondes Marguerite Comtesse de Warvik, veuve de Jean Mareschal, qui lui apporta, entre autres biens, le Comté de Warvik, dont il pris le nom.
Guillaume III du nom, Chevalier Seigneur Du Plessis, des Breux, de la Vervolière, la Valignière et la Carrelière, ne pouvant assez contenter l’extrême passion qu’il avait pour la gloire de la France, après avoir employé tout son âge à servir courageusement les Rois Jean et Charles V en leurs guerres contre l’anglais, il voulut encore pourvoir à ce qu’après son décès ses descendants fussent obligés de conserver toujours le même zèle. C’est pourquoi il ordonna par son testament qui contenait le partage de ses fiefs entre Pierre Du Plessis, Sauvage et Jean ses trois fils, qu’au cas que l’aîné, tenté par son intérêt particulier, ou par la situation de ses terres enclavées la plupart dans le domaines des Anglais, vint à quitter le parti de la France, il voulait que Sauvage son puîné succédât de plein droit en toutes les terres de ce transfuge, et en portât la foi et l’hommage. Mais cette close n’eut point d’effet, l’un ni l’autre n’ayant point démenti le zèle vraiment français, et encore moins dégénéré du courage Héroïque d’un si brave père. Si bien que Pierre son aîné a continué jusqu’à présent la branche des Seigneurs Du Plessis: et de Sauvage son second fils sont issus les Seigneurs de RICHELIEU par le moyen du marige de Geoffroy Du Plessis Seigneur de la Vervolière, de la Valignière, du Petit-puy et de Haumont, son fils unique et principal héritier avec Perrine Clerembaut soeur et héritière de Louis de Clerembaut Seigneur de Richelieu et de Beçay.
Entre les descendants de Sauvage François, François Du Plessis II du nom Seigneur de RICHELIEU, de Beçay, de la Vervolière, du Petit-puy et de Neuville s’allia par mariage avec Guillone de Laval, issue en ligne directe et masculine de Mathieu Seigneur de Montmorency connétable de France, qui signala son courage en la bataille de Bouvines et d’Emme héritière de Laval sa seconde femme. Et François Du Plessis III du nom Seigneur de RICHELIEU, du Beçay, de la Vervolière et Petit-puy épousa pareillement Anne Leroy qui portait d’argent à la bande de gueules écartelé de Dreux, qui est échiqueté d’or et d’azur à la bordure de gueule; d’autant qu’en qualité de petite fille de deux Princesses du Sang Royal de France qui était Jeanne de Dreux sa bisaïeule, et Aliénore de Dreux soeur de Pierre de Dreux, dit Mauclerc, Duc de Bretagne, elle avait l’honneur de descendre en ligne directe de Robert de France fils du roi Louis le Gros et d’Alix de Savoie, qui eut le Comté de Dreux pour apanage de sorte que Louis Du Plessis I du nom Seigneur de RICHELIEU, de Beçay, du Chillou et de la Vervolière ayant dessein de soutenir ses hautes alliances; il eut aussi particulièrement égard à l’extraction du sang et à la noblesse, et préféra à beaucoup d’autres l’alliance de Françoise de Rochechouart, fille d’Antoine de Rochechouart Seigneur de Saint Amant, Baron de Faudoas et Montagu, Sénéchal de Tholoze: laquelle du côté paternel tirée son origine des anciens vicomtes de Limoges qui étaient des plus puissants princes de la Guyenne après les Ducs; et descendait aussi par femmes, de Beatrix de Dreux dame de Mathefelon, Princesse du Sang Royal de France. Elle était issue pareillement à cause d’Anne de Chaunay sa bisaïeule, de six autres Princesses de la même maison royale; à savoir de Jeanne de Dreux Comtesse de Rouçy; de Marie de Bretagne Comtesse de Saint Paul; d’Alix de Dreux Vicomtesse de Chateaudun; d’une autre Alix de Dreux dame de Châtillon sur Marne; de Jeanne d’Artois Comtesse de Foix; et de Blanche de Bretagne dame de Conches: et descendait encore par le moyen de Blanche d’Aumont son aïeule, de plusieurs Princesses Royales tant de France que de Navarre, d’Angleterre et d’Aragon; comme de Marie d’Artois Comtesse de Namur, petite fille de Robert de France Comte d’Artois frère du Roi Saint Louis; d’Eléonore de Provence de la maison Royale d’Aragon, mère de Beatrix d’Angleterre; de Blanche de Navarre mère de Jean II Duc de Bretagne; et de Marguerite de Navarre Duchesse de Lorraine. Et même on la fait descendre des Empereurs d’Allemagne, à cause de Mahaut de Brabant, fille de Henri le courageux Duc de Brabant, et de Marie de Suabe, son épouse; laquelle Marie était fille de Philippe de Suabe Roi des Romains, petit fille de Frédérique I surnommé Barbe Rousse, Empereur d’Allemagne.
De cet illustre mariage de Louis avec Françoise de Rochechouart naquirent deux fils; dont l’aîné qui fut Louis Du Plessis II du nom Seigneur de RICHELIEU, n’eut pas plutôt atteint l’âge de porter les armes, qu’il eut la charge de Lieutenant de la Compagnie d’Ordonnances du Duc de Montpensier: mais il n’eut pas le temps de s’y signaler beaucoup, ayant été assassiné à Champigny, et moissonné ainsi en la fleur de son âge, auparavant que d’avoir été marié. François Du Plessis IV du nom Seigneur de RICHELIEU, de Beçay, du Chillou et de la Vervolière, succéda à son aîné: et, comme s’il se fut estimé indigne de la succession, à moins que d’avoir vengé sa mort par la voie des armes, qui est le seul droit que la plupart des Seigneurs, aussi bien que les Souverains, reconnaissent, il sut bien tôt tirer raison de l’assassin; sur lequel il eut tout l’avantage qu’il pouvait désirer, en une rencontre à la campagne, et l’empêcha ainsi de survivre longtemps à celui qu’il avait lâchement assassiné. Et cette action, animée presque également de piété naturelle, et de valeur, releva beaucoup la réputation du nouveau Seigneur de RICHELIEU: lequel ayant appris à la cour, et par les soins du Roi Charles IX de qui l’on écrit qu’il a été page, les exercices ordinaires de la Noblesse, il signala particulièrement son courage et son adresse à la bataille de Montcontour; où il secourut bien à propos le Duc d’Anjou, Général de l’Armée, qui avait été porté par terre, et le remonta promptement sur le cheval, sur lequel il était lui-même. Il suivit en Pologne le même Prince, après qu’il en est été élu Roi; et il eut ordre d’aller devant à Cracovie, pour recevoir la foi des Seigneurs de Royaume. D’où il partit aussi des premiers, lors que le nouveau Roi Henri III voulut se retirer en France; ayant eu en charge de faire mener secrètement les chevaux de sa Majesté à un pont qui est sur la frontière, duquel il fit lever les planches, pour empêcher la garnison, qu’il lui fallut forcer à ce passage, de le suivre en queue. Il fut encore employé par sa Majesté à la négociation du traité qui se conclut avec le Prince Casimir et les Reitres l’an mil cinq cent soixante et quinze, et il fit voir en cet emploi, et en quelques autres, qu’il entendait parfaitement les intrigues du Cabinet, et que sa fidélité n’était pas moins prudente que courageuse. C’est pourquoi le Roi, voulant reconnaître en quelque façon ses services, lui donna la charge de Grand Prévôt de France; qui était dès lors fort considérable, et avait été auparavant exercée par le Baron de Senescey, à qui même elle tenait lieu de récompense. Sa Majesté l’honora encore depuis en la promotion des Chevaliers de l’Ordre du Saint Esprit, qui se fit le premier jour de janvier mille cinq cent quatre vingt six, du Cordon Bleu, qui est la marque de ce nouvel Ordre. Lequel étant institué pour animer la Noblesse au service du Prince, aussi bien qu’à la défendre de la Religion, convenait très bien au Seigneur de RICHELIEU, Grand Prévôt de France; dont on peut dire, que le zèle au service d’un si bon Maître allait toujours croissant: jusque-là qu’en la funeste journée des Barricades, lui et Chasteauvieux restèrent les derniers à Paris auprès du Roi, et aidèrent à le sauver par la Porte-Neuve, qui fut gardée par le Grand Prévôt, dans la crainte qu’on avait de quelque sortie tumultuaire des Rebelles. Il accompagna en fuite Sa Majesté à Chartres; et le défendit heureusement à Tours, contre l’attaque qu’y firent les Ligueurs. Il continua le même zèle au service d’Henri IV son vrai et légitime successeur; lequel en contre échange conserva pour lui les mêmes sentiments de reconnaissance et d’amour, et se loua hautement de ses exploits et de son courage aux batailles d’Arques et d’Ivry, aux sièges de Vendôme, du Mans, d’Alençon, de Falaize, et particulièrement au siège de Paris, où sa Majesté l’honora d’une charge de Capitaine de ses Gardes. Mais il n’en pût pas prendre possession, et ne l’exerça jamais, ayant été emporté incontinent après, et pendant le même siège, d’une fièvre continue, causée par les longues fatigues de la guerre: comme s’il eut voulu donner par là exemple à la postérité de mourir glorieusement, comme il faisait, en l’actuel service de son Prince.
Il mourut au Bourg de Gonnesse le dixième de juillet mille cinq cent quatre vingt dix, âgé de quarante deux ans, et laissa de Suzanne de La Porte son épouse, trois fils et deux filles; à savoir
Henri du Plessis, Chevalier Seigneur de RICHELIEU, qui fut fait Maréchal de camp en l’armée de Nivernois, et signala particulièrement son courage en la prise de Clamecy, comme il eut fait sans doute en quantité d’autres occasions, sans le sort malheureux qui lui fit perdre sa fortune et la vie dans une querelle particulière:
Alphonse du Plessis, Cardinal, Archevêque et Comte de Lyon, Primat des Gaules et grand Aumônier de France:
Armand-Jean du Plessis, aussi Cardinal, et premier Duc de RICHELIEU:
François du Plessis, marié en première noces à Jean de Beauvau Chevalier, Seigneur de Pimpean, et en secondes à René de Wignerod Chevalier, Seigneur du Pont de Courlay: et
Nicole du Plessis mariée à Urban de Maillé, Chevalier, Marquis de Brezé, Capitaine des Gardes de la Reine-mère, puis du Roi, et Maréchal de France.