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 oraison funèbre prologue différente de 1785

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urs staub
Roy


Nombre de messages: 2353
Date d'inscription: 11/05/2005

MessageSujet: oraison funèbre prologue différente de 1785   Ven 1 Aoû - 3:44

C'est bien différent du prologue de
Jean Dussault dans les ''Oraisons funèbres'' de Féchier // en 1829
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k29532j

En voilà le prologue du Livre de Sauvigny:

Extrait du livre:
''Oeuvres choisies de Bossuet'' ~ par l'abée Sauvigny, t.5 // 1785


Madame Marie de Wignerod, Duchesse d'Aiguillon

Marie Wignerod du Pont de Courlay, connue dans l'histoire du siècle dernier, d'abord sous le nom de Marquise de Combalet, & ensuite sous celui de Duchesse d'Aiguillon, étoit fille de René (de) Wignerod, seigneur du Pont de Courlay & de Gla(i)nai, en Poitou, gentilhomme ordinaire du Roi; & de Françoise Duplessis, soeur du cardinal de Richelieu. Elle naquit en 1604. On sait peu de chose de sa jeunesse, de son éducation, ni des temps de sa vie qui ont précédé l'élévation de son oncle, devenu si célèbre dans toute l'Europe, pendant le règne mémorable de Louis XIII, depuis l'entrée de ce Ministre au Conseil, avec le titre de secrétaire d'état, en 1616, jusqu'à sa mort, arrivé en 1642.
Mais ce que les mémoires du temps, qui ont parlé de cette femme illustre, nous autorisent à conjecturer, c'est qu'elle étoit née avec beaucoup d'esprit, qu'elle avoit reçu de la nature, comme le Cardinal son oncle, une ame forte, élevée, faite pour les grande choses, & que les soins de ses parens, ou des personnes à qui son enfance fut confiée, réussirent à développer en elle les talens de l'esprit & les qualités du coeur, qui lui ont fait une si grande réputation dans le monde, dès le moment qu'elle commença d'y paroître; réputation qui s'est toujours soutenue, pendant le cours d'une longue vie, quoique son crédit & sa faveur eussent éprouvé ces révolutions qui sont inévitables dans les Cours, où tout change & varie, suivant les vues & les intérêts de ceux qui gouvernent. Nous ne doutons pas que cette conformité de génie & de caractère entre Mademoiselle de Wignerod, & le Cardinal-Ministre, n'ait été le fondement de la prédilection qu'il témoigna constamment pour une nièce, à qui peut-être il n'a manqué que d'avoir un sexe différent du sien, pour devenir l'égal, & le successeur de son oncle.

Elle parut à la cour, avec tout l'éclat que lui donnoit le pouvoir & la fortune du Ministre le plus absolu & le plus redouté qui fut jamais. Une raison solide, des connoissances étendues & variées, une conduite pleine de prudence & de circonspection, des manières douces, insinuantes & faites pour plaire, avec tout ce que l'esprit le plus délicat & plus cultivé peut ajouter aux agrémens naturels de la jeunesse, de la beauté, attirèrent sur elles les regards des courtisans. Quand elle n'auroit pas eu pour appui la puissance d'un oncle, qui étoit le canal des grâces & des honneurs, son rare mérite & tous les dons extérieurs dont la nature sembloit avoir pris plaisir à l'orner, auroient pu inspirer aux plus grands seigneurs du royaume le désir de l'avoir pour épouse.
Elle fut mariée en 1620, avec Antoine de Grimoard du Roure, Marquis de Combalet, Colonel* [= Capitaine] du régiment de Normandie, dont la mère étoit soeur du Connétable de Luynes, & qui fut tué après deux ans de mariage au siège de Montpellier. La Reine mère ajoura deux cents mille livres à sa dot, & lui donna pour trente-six mille livres de pierreries. Devenu veuve dans un âge qui réunit les grâces de la jeunesse à la maturité de la raison, & dans les conjonctures les plus propres à flatter les espérances d'un coeur ambitieux; attachée en qualité de dame d'atours, à la reine Marie de Médicis, veuve de Henri IV, qui l'honora long-temps de sa bienveillance; environnée de tout l'éclat du Cardinal, qui se plaisoit à voir qu'on s'accordoit à reconnoître en elle une partie des grandes qualités qu'on admiroit en lui, il n'y avoit point de partis si élevés en dignités & en richesse auxquels il ne lui fût permis d'aspirer.

Quelques écrivains, guidés par la passion, lui ont prêté, ou plutôt au Ministre qui pouvoit tout alors, des vues que la raison lui auroit interdites, quand même son ambition eût été aussi démesurée qu'ils se sont plu à le supposer. La plume des écrivains si décrédités aujourd'hui étoit vendue aux ennemis du cardinal, dont la destinée fut d'être toujours en butte aux cabales des grands, & d'en triompher toujours. Ils ont prétendu que le projet de ce Ministre, si sage & si prévoyant, n'alloit à rien moins qu'à marier sa nièce, tantôt au Comte de Soisson, tantôt au Duc d'Orléans, frère du Roi, & de mettre ensuite la couronne sur la tête de celui de ces deux Princes qui l'épouseroit, en renversant Louis XIII du trône. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à force de répéter une fable si absurde, on parvient à persuader la Reine mère que Richelieu n'avoit pas des prétentions moins hautes pour l'établissement de Madame de Combalet. Si cette Princesse, qui se plut toujours dans l'intrigue, & que son inquiétude conduisit à une fin malheurese, ne crut pas le Cardinal capable d'un projet encore plus déraisonnable, qu'il eût été criminel, elle feignit au moins de le croire, & la haine qu'elle avoit conçue pour ce Prélat, qui lui devoit son élévation, lui fit employer tous les moyens imaginables, par elle-mêmes & par ses créatures, pour faire entrer cette chimère dans l'esprit du Roi: mais elle ne put y réussir. Ce prince, tout foible & tout ombrageux qu'il étoit, connoissoit trop la sagesse & fidelité de son Ministre, pour lui attribuer une idée que l'une & l'autre rendoient également incroyable: d'ailleurs il savoit que le cardinal de Lorraine avoit proposé au Ministre un plan de conciliation entre le duc de Lorraine, Charles IV, & le Roi; qu'une des principales conditions de ce traité étoit que Charles céderoit ses états à son frère, qui épouseroit Madame de Combalet, & que Richelieu avoit rejeté ce dernier article du projet, quelque honorable qu'il fût pour lui & pour sa nièce. Après cela n'est-il pas étonnant que le compilateur du Dictionnaire Historique, en 6 volumes in-octavo, imprimé à Caën chez le Roi, en 1779, article ''Wignerod'', impute au cardinal de Richelieu d'avoir tenté en vain de marier sa nièce au frère du duc de Lorraine? C'est ainsi que les erreurs se perpétuent, & que la mémoire des plus grands hommes se trouve chargée de tout ce que la haine & l'envie ont inventé pour les noircir. Il étoit facile au rédacteur de l'article dont nous parlons, de vérifier le fait, en consultant l'ouvrage de l'avocat Aubry, qui le rapporte sous l'année 1633. Il est vrai que cet écrivain a moins eu pour l'objet de faire l'histoire de Richelieu, que son panégyrique; mais il est également vrai que malgré le ton d'éloge qui règne dans son ouvrage, il avoit de bons mémoires; & qu'on ne lui reproche rien contre l'exactitude & la fidélité dans ses récits.


Dernière édition par urs staub le Ven 1 Aoû - 3:57, édité 4 fois
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urs staub
Roy


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MessageSujet: Re: oraison funèbre prologue différente de 1785   Ven 1 Aoû - 3:45

Quoiqu'il en soit des projets du Cardinal pour la fortune & l'évations de sa nièce, on ne peut pas douter qu'il n'eût en général celui de lui procurer un établissement qui lui donnât un rang distingué dans le monde. On en doit juger par ce qu'il fit pour elle, quelques années après, dans la vue de remplir cet objet, autant qu'il dépendoit de lui, en la faisant revêtir d'une dignité qui l'égaloit aux premières personnes de la cour. Mais avant que Madame de Combalet eût éprouvé ces heureux effets du crédit de son oncle, & sa tendresse pour elle, la Reine mère lui avoit fait porter une partie de la haine qu'elle avoit jurée au Cardinal-Ministre, que tout lui faisoit regarder comme l'artisan de ses malheurs. Cette Princesse, dominée par son caractère inquiet & jaloux, qui lui fit passer la moitié se sa vie dans l'agitation, & l'empêcha de jouir en paix des avantages de son rang, s'en prit à la nièce de tous les maux qu'elle souffroit, & dont on lui persuadoit que l'oncle étoit l'unique auteur. Elle renvoya de son service Madame de Combalet qu'elle avoit toujours traitée en amie, & sa disgrâce s'étendit à tous ceux que le Cardinal avoit placés auprès de cette Princesse. Parens, amis, créatures, tout fut renvoyé sans distinction. C'étoit un crime à ses yeux de tenir à son ennemi, par quelque liens que ce fût. Quoique le motif de ce traitement n'eût rien d'humiliant pour Madame de Combalet, puisqu'elle ne l'avoit pas mérité, & que la Reine, toute irritée qu'elle étoit, ne lui reprochoit rien contre son devoir, elle ne laissa pas d'y être très-sensible. Elle avoit pour sa maîtresse un tendre attachement; d'ailleurs, elle savoit qu'une fois éloignée d'elle, ce seroit pour toujours. Le caractère de Marie de Médicis lui étoit trop connu, pour ignorer qu'elle fût toujours aussi opinâtre dans ses aversions, que Richelieu se montra implacable dans ses ressentimens. Ce qui dut consoler Madame de Combalet de cette disgrâce, c'est que le jour où la Reine mère la renvoya d'auprès d'elle, fut le commencement de sa liberté. De quelle adresse en effet, on pourroit même dire de quelle dissimulation, n'eût-elle pas eu besoin, pour se maintenir auprès de sa maîtresse & conserver sa confidance, dans la conjoncture présente des affaires, sans manquer à son oncle; & dans l'opposition d'intérêts qu'il y avoit entre la mère de Louis XIII & le Ministre, comment concilier ce qu'elle leur devoit à tous deux? Mais du moment qu'elle se vit affranchie des liens du devoir envers Marie de Médicis, elle put s'abandonner sans contrainte aux sentimens que la nature & la reconnoissance lui inspiroient.
De plus, il sembla que Louis XIII, se fût proposé de la dédommager des injustices de sa mère, par des témoignages éclatans de ses bontés. On a même prétendu que ce Prince avoit pour elle des sentimens plus tendres que ceux de l'estime & de la simple bienveillance; & l'on en cite pour preuve un mot qui lui échappa, & qu'on regarda comme un (de) ces traits par lesquels il n'est pas rare que les hommes qui veillent le plus sur eux-mêmes, trahissent le secret de leur coeur.
Marie de Médicis s'étoit retirée à Bruxelles en 1631, après s'être sauvée du Château de Compiègne, où elle étoit en quelque sorte prisonnière. Du lieu de sa retraite, cette Princesse employoit les négociations & intrigues, pour obtenir son retour en France & l'éloignement de Richelieu. Pour mieux réussir dans ce double projet, quelques-uns de ceux qui lui étoient attachés imaginèrent de faire enlever la nièce du cardinal, qui seroit devenue tout ensemble, & un ôtage entre les mains de la reine, & un moyen sûr de procurer son raccommodement avec le Roi. Richelieu qui avoit des espions cachés & vigilans auprès d'elle, instruit de ce dessein, sut le faire échouer & le Roi, dit-on, l'ayant appris, entra dans une grande colère, & s'écria, que si on étoit venu à bout d'enlever Madame de Combalet, il se seroit mis à la tête d'une armée, pour l’aller chercher en quelque lieu qu'on l'eût retenue. Mais nous ne garantissons pas cette anecdote, quoiqu'elle soit rapportée dans les mémoires du temps.

Les divers projet d'établissement que le cardinal avoit conçus pour sa nièce n'ayant pas eu le succès qu'il s'étoit promis, soit qu'il n'eût aperçu que des idées d'intérêt personnel, dans les partis qui s'étoient proposés, soit qu'il eût des raisons pour sacrifier son ambition en ce point, à d'autres vues de politique, il avoit dans sa puissance des moyens sûrs & faciles de l'en dédommager, & il en fit usage. Ce fut alors qu'il acheta pour elle la ville & terre d'Aiguillon, en Guienne, à quatre lieues d'Agen, & que

Louis XIII, rétablit en sa faveur le titre de Duché-Pairie, dont cette ville avoit été décorée deux fois; la première en 1599, pour la maison de Lorraine-Mayenne; la seconde en 1634, pour Antoine de Puilaurent, favori de Monsieur. Tandis que le premier Ministre déployoit toutes les ressources de son vaste génie pour abaisser l'orgueil des ennemis de la France, & qu'au milieu des orages qui se formoient sans cesse autour de lui, il triomphoit de tous les obstacles qui s'opposoient à l'exécution de ses grands desseins, la nouvelle Duchesse, qui jouissoit auprès de son oncle de tout le crédit qu'il avoit lui-même auprès du Roi, ne s'en servoit que pour faire du bien.
Il n'y eut point de bonnes oeuvres, ni d'entreprises utiles aux malheureux dont elle ne facilitât l'exécution par sa protection & ses libéralités. On sait que ce siècle fut celui de presque tous les établissemens pieux & charitables, qui subsistent aujourd'hui avec le plus d'éclat dans la capitale & dans les grandes villes du royaume; Monastères, Hôpitaux, Séminaires, nouvelles Congrégations, réforme des anciennes, Asyles destinés au soulagement des divers besoins de l'ame & et du corps. On vit Madame d'Aiguillon à la tête de tout, sollicitant avec zèle, donnant avec profusion, ne se rebutant point par les difficultés, & ne refusant jamais de réiterer ses demarches, quand celles dont on se promettoit le succès n'avoient pas réussi.

Malgré cette inclination bien-faisante dont Madame la Duchesse d'Aiguillon donnoit chaque jour tant de preuves, il s'est trouvé des écrivains qui se sont efforcés de décrier son caractère. Ils l'ont peinte comme une femme vaine, arrogante, envirée d'orgueil, se plaisant à humilier ceux que la nécessité de leurs affaires conduisoit à ses pieds pour implorer sa protection, & traitant avec hauteur ceux qui ne venoient pas rendre hommage à son pouvoir : mais il est aisé de se convaincre que ce portrait est tracé par les mains de la haine ou de la malignité. Madame d'Aiguillon étoit riche, puissante, honorée; il n'en falloit pas davantage pour aiguiser les traits de l'envie; & d'ailleurs tout ceux qui avoient à se plaindre du cardinal de Richelieu, & qui n'osèrent l'irriter pendant qu'il vécut, se vengeoient sur sa nièce après sa mort, du mal réel ou supposé qu'il leur avoit fait.
Telle est la source de tout ce qu'on lit de peu favorable à cette illustre Duchesse dans plusieurs mémoires de son temps. Mademoiselle de Montpensier l'a moins épargnée que tout autre dans les siens. Mais on voit par une foule de traits répandus dans ces mêmes mémoires, que cette Princesse n'aimoit pas Richelieu, qui avoit toujours assez mal vécu avec Gaston, duc d'Orléans son père; & d'un autre côté, elle avoit eu un grand démêlé avec Madame d'Aiguillon, à l'occasion de la terre de Champigni, dont Monsieur, en qualité de son tuteur, avoit fait un échange avec le Cardinal, pour celle de Bois-le-Vicomte. Mademoiselle, à sa majorité, voulut revenir contre cet échange; le

Ministre étoit mort, & la faveur des tribunaux fut toute entière pour Mademoiselle, qui eut des sommes considérables à répéter contre la Duchesse. Il suit de-là que le témoignage de cette Princesse, considéré comme auteur, n'est pas assez exempt de prévention pour servir de base au jugement qu'on doit porter aujourd'hui sur les bonnes ou mauvaises qualités de Madame d'Aiguillon. Il est donc plus sûr & plus équitable de la juger d'après ses actions, qui nous la font voir dans tous les temps comme une ame grande, généreuse, sensible aux maux des infortunés, secourable, & pleine de piété. C'est l'idée que M. Fléchier nous a donné de son caractère & de sa conduite; & les écrivains qui ont parlé d'elle sans intérêt & sans animosité, l'ont peinte des mêmes couleurs.

Après la mort du Cardinal Ministre, il étoit naturel que Madame d'Aiguillon perdit aux yeux des courtisans & de ceux qui entroient dans le maniement des affaires, cette sorte de considérations qui n'est attachée qu'au crédit. Elle connoissoit trop bien les hommes & la cour, pour ne s'y être pas attendue. Mais la considération personnelle, infiniment plus honorable, parce qu'elle tient au mérite, & que ce n'est pas la révoution des événemens qui la fait éclore ou évanouir, l'illustre Duchesse ne la perdit jamais. Nous devons dire à la louange du cardinal Mazarin, qu'il se fit un devoir de la soutenir dans tous les honneurs & toutes les dignités dont elle avoit été revêtue sous le ministère de son oncle. Mazarin devoit tout à Richelieu, & le regardoit avec raison comme l'auteur de sa fortune. Quoique la reconnoissance ne soit pas la vertu des grands, & moins encore celle des ambitieux, le nouveau Ministre par politique ou par gratitude, parut saisir avec zèle la première occasion qu'il trouva de s'acquitter envers Madame d'Aiguillon, de ce que son prédécesseur avoit fait pour lui. La Duchesse avoit le Gouvernement du Havre; mais dans les premiers temps de la régence d'Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, plusieurs de ceux qui entouroient cette Princesse, lui firent naître l'idée d'ôter à la nièce de Richelieu, une place que chacun d'eux envioit, & la Reine eut intention de l'en dépouiller, pour la donner au Prince de Marsillac. On ne manquoit pas de raisons spécieuses, dans une affaire de cette nature; & pour leur donner plus de force, on rappeloit à la Régente les mortifications que l'oncle de la Duchesse n'avoit pas cessé de lui donner jusqu' à ses dernier momens. Mazarin seul prit la défense de Madame d'Aiguillon, & détermina la Reine à lui laisser la possession d'un titre que le feu Roi lui avoit conservé, en mémoire du grand homme dont on ne devoit pas oublier si promptement les services. Cet événement suffisoit pour apprendre à Madame d'Aiguillon ce qu'elle devoit attendre des ennemis de son oncle, quand elle auroit été disposé à se faire illusion sur leurs sentimens. Les réflexions que la conduite de la Reine mère & des courtisans à son égard lui donnèrent occasion de faire, l'affermirent de plus en plus dans le goût qu'elle avoit pour la retraite. Sans renoncer totalement à la cour, elle s'en retira peu à peu, ne s'y montrant que dans les circonstances où la bienséance & le devoir ne lui permettoient pas de n'y point paroître. Quoique le Cardinal Mazarin lui témoignât toujours beaucoup d'attachement & d'estime, elle se fit une règle de ne prendre aucun part aux affaires; & quand le Ministre, qui la consultoit quelquefois, lui demandoit son avis, elle lui répondoit avec la sagesse & la modération d'une personne qui n'avoit d'autre intérêt que celui du bien public, & la gloire du Roi.

Pendant les trente dernières années de sa vie, ''cette Dame qui'' - pour empoyer les expressions de Madame de Motteville - ''par ses belles qualités surpassoit en beaucoup de choses les femmes ordinaires'', ne fut occupée que de bonnes oeuvres. L'Hôpital-général de Paris, celui des Enfans-trouvés, la Maisons des Missions étrangères, les Carmélites de la Rue Chapon, les Hôpiteaux de Ruel , d'Aiguillon, de Richelieu, & plusieurs autres établissemens pieux & charitabes, tant dans la Capitale que dans les Provinces, sont des monumens de sa magnificence & du bon usage qu'elle sut faire de ses richesses. M. Fléchier la représente comme la proctectrice des malheureux & la mère des pauvre; il parle de ses immenses aumônes comme d'une chose à peine croyabe; il atteste le témoignage de plusieurs contrées du royaume dont les habitans, pendant les malheurs de la guerre civile, ou dans des temps de disette, ont été nourris de ses dons; & l'on peut assurer qu'il n'y a rien d'exagéré dans le récit éloquent qu'il a fait de sa libéralité.
S'il nous étoit permis d'y ajouter quelque chose, ce seroit pour observer que Madame d'Aiguillon n'a pas borné ses bienfaits au court espace de ses jours, & que dans la vue de perpétuer les effets de sa charité, les pauvres ont été appelés à sa succession, avec ses parens les plus chers, & jouiront à jamais de la portion qu'elle leur a donnée dans son héritage. Madame la Duchesse d'Aiguillon, qui ne mettoit point de bornes à sa bienfaisance, quand le public & la postérité en devoient recueillir le fruit, n'étoit pas moins généreuse envers les particuliers à qui elle pouvoit se rendre utile.
Deux anecdotes que nous allons rapporter, sur le témoignage de l'Abbé Ménage, en sont la preuve. Le maréchal de Bassompierre, que le Cardinal de Richelieu avoit fait mettre à la Bastille en 1631, à cause de ses liaisons avec les Ducs d'Orléans & de Lorraine, ayant recouvré sa liberté à la mort de ce Ministre, après douze ans de prison, Madame d'Aiguillon lui fit offrir cinq cents mille livres pour rétablir ses affaires, qu'une si longue captivité avoir extrêmement dérangées; & ce ne fut pas sa faute si le Maréchal ne les accepta point.
Alexandre Morus, Ministre de l'église réformée de Paris, que les Calvinistes de France regardoient comme le plus savant de leurs théologiens, & le plus éloquent de leurs prédicateurs, étoit une conquête que la pieuse Duchesse tenta de faire sur le calvinisme; & pour le dédommager de ce qu'il auroit perdu en embrassant la religion catholique, elle lui fit proposer, avec l'agrément du Roi, quatre mille livres de pension: mais ses intentions généreuses demeurèrent sans effet, par des obstacles qu'il ne lui fut pas possible de surmonter.

Plus Madame la Duchesse d'Aiguillon approchoit du terme de ses jours, plus elle s'occupoit des pensées de la mort, qu'elle regardoit comme peu éloignée pour elle, & plus elle s'y préparoit, par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. De saintes lectures, un plus grand éloignement du monde, des charités plus abondantes, des prières plus ferventes & plus assidues, l'assistance & la participation plus fréquente aux divins Mystère, étoient les moyens qu'elle empoyoit pour se purifier & se mettre en état de paroître devant Dieu.
Enfin, après une vie qui avoit réuni tout ce que le monde a de plus grand & de plus précieux, à tout ce que la religion & la piété ont de plus consolant, elle mourut dans le soixant-onzième année de son âge, le 17 Avril 1675.
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