source : Le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France Adolphe Chéruel (1809-1891) — Paris, 1899
Les premières colonies françaises furent ruinées par les guerres de religion ; et ce ne fut qu'au xviie siècle, sous le règne de Henri IV et pendant le ministère de Sully, que furent fondés des établissements durables. Henri IV donna, en 1604, à Pierre du Guast, sieur de Monts, une autorité aussi étendue que celle dont François ier avait investi Jean de La Rocque. Pierre du Guast partit avec Samuel Champlain, et fonda, en 1605, un établissement dans l'Acadie. Mais la colonie la plus importante fut celle de Québec qui dut naissance, en 1608, à Samuel Champlain ; cette ville ne tarda pas à devenir la capitale du Canada. Dès 1609, on donna à ce pays le nom de Nouvelle-France. Jusqu'au ministère de Richelieu (1624)

les colonies furent abandonnées à des particuliers qui ne pouvaient lutter contre les indigènes et les nations européennes rivales de la France. Richelieu comprit l'importance des colonies et favorisa les compagnies de commerce qui s'établirent en France à l'imitation des compagnies de Hollande et d'Angleterre. Une des premières qui tenta de s'organiser en France fut la compagnie du Morbihan. Elle se composait de cent associés, qui réunirent un million six cent mille livres comme fonds social, et convinrent d'employer quatre cent mille livres pour la construction de vaisseaux. Le gouvernement leur cédait le pays de Morbihan, la Nouvelle-France, les îles de l'Amérique et le monopole du commerce dans ces contrées. Ils étaient juges dans leurs propres causes. On ne leur imposait que le tribut d'une couronne d'or à chaque avènement, espèce de droit de joyeux avènement qui rappelait l'aurum coronarium des Romains. « Le bruit de cet événement alarmait déjà les Anglais et les Hollandais, » dit Richelieu

; mais le parlement de Rennes refusa l'enregistrement, et la compagnie du Morbihan fut dissoute après deux années de vains efforts pour l'organiser. Richelieu

substitua, des 1628, la compagnie des Indes occidentales à la compagnie du Morbihan. Il lui accorda les privilèges dont avait joui la compagnie précédente. Le gouvernement lui cédait Québec, la Nouvelle-France ou Canada, la Floride, le droit de nommer des officiers, d'exploiter exclusivement pendant quinze ans le commerce et la pêche, sous condition d'hommage au roi. De son côté, la compagnie s'engageait à envoyer des colons dans la Nouvelle-France. Malgré l'apathie que montra la compagnie, la colonie du Canada prit d'assez vastes développements.
Vers le même temps, des Français s'établirent à la Barbade, à Saint-Christophe, à la Martinique, à Saint-Domingue et dans la Guyane. Les premiers colons furent des aventuriers qui fondèrent des comptoirs et luttèrent contre les Espagnols depuis longtemps en possession de ces positions. Ils adoptèrent presque la vie sauvage, vivaient sous la tente, et ne se nourrissaient guère que des animaux qu'ils avaient tués dans leurs chasses au milieu des vastes forêts de l'Amérique, et qu'ils étaient dans l'usage de boucaner ou rôtir en plein air. De là leur vint le nom de boucaniers. On finit par les confondre avec les flibustiers ou pirates. Richelieu

, pour donner à ces premiers établissements une organisation plus régulière, établit la compagnie de l'île Saint-Christophe (1626), qui fut bientôt transformée en compagnie des îles de l'Amérique (1635). Elle devait coloniser, entre le dixième et le trentième degré de latitude nord, toutes les îles qui n'étaient pas occupées par des princes chrétiens, et y envoyer en vingt ans quatre mille colons. Elle obtenait en compensation, pour vingt ans, le monopole du commerce dans ces îles. Le roi nommait le gouverneur général, et la compagnie, les gouverneurs particuliers des îles. Les nobles ne dérogeaient pas en s'associant à ce commerce de mer. La compagnie des îles de l'Amérique obtint d'abord de grands résultats. Elle ne se borna pas à féconder les établissements dont nous venons de parler, elle y ajouta la Guadeloupe (1635). Mais, dans la suite, les querelles entre les directeurs de la compagnie, le monopole odieux qu'elle exerçait, en transportant aux îles de mauvaises denrées qu'elle vendait un prix exorbitant, entraînèrent sa ruine. Elle fut florissante sous Richelieu qui attachait une grande importance aux entreprises maritimes et commerciales. Il encouragea la compagnie d'Afrique qui existait, à Marseille, depuis le xvie siècle, et qui avait fondé plusieurs comptoirs dans la régence d'Alger, entre autres, le bastion de France. Richelieu

en fit, en 1637, un établissement régulier et assez fort pour repousser les attaques des ennemis. Il se forma, vers la même époque, une compagnie des Indes orientales qui avait une station à Madagascar, et s'efforçait de lutter contre les Hollandais. Ainsi, le premier âge des colonies françaises est marqué par l'influence de Richelieu, qui ne négligea rien pour les rendre florissantes. Elles dépérirent pendant la minorité de Louis xiv, et ne se relevèrent que sous l'administration de Colbert.