Théophraste RENAUDOT
1586- 1653
Médecin, publiciste et philanthrope français
"L'expérience a appris que dans les affaires de la vie, un secours venu à propos avait toute l'importance d'un trésor."
C'est à Loudun que naît Théophraste Renaudot en décembre 1586.
Sous la conduite de l'érudit Daniel Boulanger il y fait ses études élémentaires, apprend le latin et le grec.
Vers 1602, il entreprend des études de chirurgie à Paris, puis trois ans plus tard, il choisit de s'inscrire à la Faculté de Médecine de Montpellier qui est réputée avoir un enseignement plus attrayant et être plus accueillante aux Protestants. Montpellier l'enseignement préfigurait une médecine moderne dans lequel les médications s'appuyaient sur des produits chimiques, tandis qu'à Paris on enseignait encore une médecine traditionnelle dont les soins étaient fondés sur les trois S (le séné, le son et la saignée).
20 ans, reçu Docteur en Médecine il est autorisé à coiffer le bonnet rouge. Théophraste Renaudot entreprend alors de voyager, en Espagne, en Italie et en Angleterre.
C'est sans doute en Italie qu'il découvre "la gazzetta", une monnaie vénitienne équivalente au prix du numéro d'une feuille qui paraissait à Venise au XVIème siècle.
En 1608 il passe par Paris, revient à Loudun pour se marier, et y exerce la médecine avec succès pendant quelques mois; il imagine alors un médicament qu'il vend en France et à l'étranger.
C'est à cette époque que le père Joseph se lie d'amitié avec le médecin et le présente à, Armand Jean du Plessis de Richelieu (le futur cardinal), ils fréquentent ensemble à Loudun, le salon d'un érudit et poète, Gaucher de Sainte-Marthe dans lequel protestants et catholiques sont égalitairement accueillis.
Richelieu (1585-1642) avait été nommé évêque de Luçon en 1606 (il a 19 ans), il est retiré en son prieuré de Coussay-en-Mirebalais dans l'attente d'une réponse de la régente Marie de Médicis à ses offres de service. Ensuite tout ira vite; il sera député de Poitiers, Luçon et Maillezais pour le clergé aux états généraux de 1614, aumônier de la reine, secrétaire d'état à la guerre en 1616, cardinal en 1622, chef du Conseil du roi en 1624.
Le père Joseph (François-Joseph Le Clerc du Tremblay 1577-1638), était un capucin qui résidait à Lencloître, près de Châtellerault, qui devint à partir de 1624 le confident de Richelieu et son conseiller en politique étrangère. On le surnomma "l'éminence grise."
Dès lors le père Joseph et Richelieu soutiennent Renaudot et favoriseront ses projets.
En 1610, le roi Henri IV est assassiné.
Renaudot publie le "Traité des pauvres"
Arrivé à Paris en 1612, Théophraste Renaudot, grâce à la recommandation du Père Joseph, est nommé médecin du roi.
Plein d'imagination son tempérament généreux le pousse à se préoccuper du triste sort des miséreux et des malades, Renaudot établit un plan pour lutter contre la pauvreté. Grâce cette fois à la protection de Richelieu il obtient la charge de Commissaire Général des Pauvres du Royaume.
Ayant dès son arrivée à Paris obtenu l'autorisation du roi, il ouvre quelques années plus tard, en 1630, dans la capitale, un "Bureau et Registre d'adresses" qui faisait office de bureau de placement et de dispensaire.
Paris, il publie une feuille d'annonces qui mettait en relation les employeurs offrant du travail et les travailleurs qui cherchaient un emploi, les acquéreurs et les vendeurs de biens, les fabricants et les clients éventuels d'artisanat. Ce périodique, qui ne contenait tout d'abord que des annonces et de la publicité, s'appelle "Feuilles du bureau des adresses", il est imprimé dans l'atelier d'imprimerie de Renaudot et distribué à Paris et en province.
Cette publication proposa également les "nouvelles de Paris". Sous le titre La Gazette ce fut, dès le 30 mai 1631, le premier grand hebdomadaire français qui donnait des nouvelles parisiennes et diffusait officieusement les vues du gouvernement. car Renaudot y défendait volontiers la politique de Richelieu.
Elle devint journal officiel en 1762, sous le titre de "Gazette de France"
Un peu plus tard la Gazette s'enrichit d'un supplément mensuel.
En 1638, Théophraste Renaudot prend en outre la direction du "Mercure français" faisant suite au Père Joseph qui assurait cette direction jusqu'à son décès. Le Mercure Français était une publication sous forme de répertoire des principaux événements de l'année.
Une ordonnance royale du 27 mars 1637 autorise Renaudot a créer le premier bureau d'assistance publique, qui lui semble être la solution la meilleure pour répondre aux difficultés des pauvres comme des nobles ruinés par leurs dépenses de cour et les guerres de religion. Moyennant un intérêt modique pour les frais, on y prête sur gages.
Ainsi naît le premier "mont-de-piété", suivant l'exemple du "monte-di-pieta" italien. Son entreprise rencontre un vif succès et se développe. Mais l'envie et la jalousie ainsi que l'hostilité agissante de la Faculté contraindront Renaudot à renoncer à poursuivre ce projet généreux devenu la cible de ses ennemis qui obtiennent la fermeture de l'établissement en 1644.
Renaudot organise des conférences publiques hebdomadaires au cours desquelles sont abordés les matières littéraires, médicales et scientifiques, dans les locaux de son Bureau d'adresses, rue de la Calandre. Il faut bientôt s'inscrire à l'avance pour y assister.
L'assistance aux malades incombait pour la plus grande part à l'église. Toutefois certains laïcs étaient favorables à une extension de la médecine sociale.
En 1640, avec l'autorisation du roi Louis XIII, il crée des consultations gratuites pour les malades pauvres, équivalent d'un dispensaire public et gratuit, au coeur de la capitale.
Tous les médecins, chirurgiens, apothicaires en lutte avec la Faculté répondent à son appel, les malades affluent. Les étudiants se joignent à lui en grand nombre, à la grande fureur des Docteurs Régents.
Par lettre patente du 2 septembre 1640, Renaudot est même autorisé à préparer des médicaments dans son laboratoire, il organise à cet effet un laboratoire public à l'usage des apothicaires alors en lutte avec la Faculté de Paris.
Renaudot projette et obtient l'autorisation du roi de construire à ses frais un hôpital pour ses malades, l' "Hostel des Consultations charitables" dans le quartier du faubourg Saint-Antoine.
Pour la Faculté s'en est trop.
C'est alors que Gui Patin entre en scène et tente avec d'autres d'empêcher Renaudot de poursuivre son but par tous les moyens juridiques possibles pour précipiter sa chute. Les ennemis de Renaudot usèrent d'accusations mensongères et s'en prirent même à ses enfants en leur refusant le diplôme qu'ils méritaient,
Renaudot réplique en poursuivant Patin en justice.
Mais Gui Patin se défend avec une telle finesse et une telle faconde, il décoche à son adversaire des phrases tellement méchantes et tellement spirituelles qu'il est acquitté par les juges.
Richelieu étant mort, Renaudot n'a plus de soutien. La Faculté en profite pour poursuivre Renaudot et ses collaborateurs sous l'accusation d'exercice illégale de la médecine.
A une époque où la vogue était à la chimie, les thérapeutiques d'origine végétale attiraient moins l'attention que celles à base de dérivés métalliques. Inauguré au XVIème siècle l'emploi du mercure et de l'arsenic continue à se développer. Théophraste Renaudot et son fils Isaac, défendent contre Gui Patin l'usage de potion stibiée (à base d'antimoine). D'autres préconisent l'éther, le fer, le sulfate de cuivre et de zinc.
La Faculté obtient gain de cause et le Prévôt de Paris lui interdit d'exercer la médecine à Paris et de poursuivre le cycle de ses conférences.
Renaudot avec l'appui de la Faculté de Montpellier en appelle alors au Parlement au nom du droit que ses docteurs tiennent du Pape d'exercer "hic et ubique terrarum" -par toute la terre-. Renaudot est à nouveau condamné mais obtient la nomination de ses fils auxquels la Faculté refusait le diplôme qu'ils méritaient. Devant la Faculté ils prennent la défense de l'antimoine et font rapidement des prosélytes parmi les étudiants qui ont suivi autrefois les conférences de Théophraste Renaudot. En 1656, malgré les protestations de Gui Patin, la Faculté de Paris décida de maintenir au Codex le vin émétique à base d'antimoine et de l'adopter à l'unanimité en 1666.
Renaudot continue à diriger la Gazette.
Lors de la première Fronde (1648), il suit la Cour à Saint-Germain-en-Laye.
On supprime sa pension de Commissaire général des pauvres, on ne lui transmet plus les informations officielles de la France et de l'étranger.
Mais, lorsque la Cour prévoit un nouvel exode à cause de la deuxième Fronde, Séguier lui propose la charge de Directeur des Imprimeries. Il refuse, reste à Paris tout en continuant à défendre le roi.
Vers la fin de sa vie il est frappé à plusieurs reprises d' hémiplégie.
Il meurt le 25 octobre 1653, à Paris, d'une nouvelle attaque, dans sa 69e année. Il est enterré à Saint-Germain l'Auxerrois.
Théophraste Renaudot a consacré sa vie à essayer d'améliorer la vie des plus défavorisés;
Grand innovateur, en ne se comportant pas comme un médecin traditionnel son action menace les bases de la société et il mourra dans la misère.
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Les plus nobles conquêtes sont celles des cœurs et des affections.
