Trouvé sur le site de la ville d'Aiguillon:
ll y a 370 ans, Corneille publiait « le Cid » et dédiait sa pièce
à la Duchesse d'Aiguillon
Fin décembre 1636, Corneille, qui a tout juste 30 ans et qui n'a connu jusque là que des succès d'estime au théâtre, rencontre une gloire triomphale en faisant jouer « Le Cid ».
Des milliers de spectateurs se bousculent pour voir lespectacle : "Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue", écrit Boileau. Corneille, qui n'est pas riche, profite de l'engoument pour publier le texte et multiplier ainsi les bénéfices. La première édition parut le 23 mars 1637. Depuis, il s'est rarement passé une année sans que la pièce soit à l'affiche quelque part. Les amateurs de théâtre n'ont jamais oublié la prestation de Gérard Philippe, à Avignon, dans les années 50, avec le mythique TNP de Jean Vilar. Pendant plusieurs générations, la pièce fut obligatoirement au programme de la classe de 4ème, et tous les collègiens connaissaient par coeur les stances de Rodrigue, les imprécations de Don Diègue ("O rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie..."), et certains vers de Chimène qui comptent parmi les plus beaux de la langue française: "Je cherche le silence et la nuit pour pleurer..." Ce que l'on sait moins, ou que l'ona davantage oublié, c'est que Le Cid a été dédié à Mme deCombalet, première duchessed'Aiguillon, et que la longue dédicace d'une page entière est en tête, depuis, de toutes les éditions qui se sont succédé (Mais qui lit les préfaces et les dédicaces?...)
Richelieu éprouvait une affection particulière (très particulière, assuraient les très mauvaises langues...) pour sa très jolie nièce, Marie-Madeleine de Combalet.
Soucieux de lui léguer fortune et position, il racheta pour elle la duché-pairie d'Aiguillon, et par brevet signé de Louis XIII, la belle veuve devint duchesse d'Aiguillon, et pair de France. Lors de la représentation du Cid, la duchesse s'était montrée enthousiaste pour la pièce. Richelieu, lui, avait été beaucoup plus réservé : d'abord il se piquait d'être auteur lui-même, et le succès des autres avait le don de l'irriter; ensuite la pièce contenait trois duels, alors qu'il s'efforçait d'en interdire la pratique; enfin, Corneille faisait de son héros, non pas le roi Fernand, faible et indécis comme l'était Louis XIII, mais Rodrigue, un jeune seigneur fougueux qui ne craint pas de se lancer dans un combat décisif contre l'ennemi sans même avertir le roi. Tout cela faisait beaucoup de raisons pour irriter le cardinal.
Aussi Corneille eut-il l'idée astucieuse de dédier Le Cid à Mme deCombalet : elle avait aimé ostensiblement la pièce, et nul n'était mieux placé qu'elle pour en plaider la cause auprès de son oncle."(...)
« Ce succès a passé mes plus ambitieuses espérances, et m'a surpris d'abord ; mais il a cessé de m'étonner depuis que j'ai vu la satisfaction que vous m'avez témoignée quand il a paru devant vous. (...) On ne peut douter de ce que vaut une chose qui a le bonheur de vous plaire : le jugement que vous en faites est la marque assurée de son prix. (...)
Aussi, Madame, si je souhaite quelque durée pour cet heureux effort de ma plume, ce n'est point pour apprendre mon nom à la postérité, mais seulement pour laisser des marques éternelles de ce que je vous dois. »Le Cid fut donc publié le 23 mars1637, " chez Augustin Courbe, imprimeur et libraire de Monseigneur frère du Roy", avec la dédicace à Mme de Combalet.
Richelieu se contenta de chipoter en soumettant la publication à la toute jeune Académie Française qu'il venait de créer. Pour plaire au cardinal, les Académiciens chipotèrent à leur tour, trouvèrent que la pièce ne respectait pas tout à fait les règles, offensait quelques bienséances, et autres broutilles...
Qu'importe, rien n'empêcha la postérité d'avoir à jamais pour Chimène et Rodrigue les yeux attendris de Marie-Madeleine de Combalet, duchesse d'Aiguillon.