Le soleil envahit peu à peu notre espace,et avec lui entre dans la chambre le chant des coqs voisins,ainsi qu'une certaine détente de l'atmosphère qui nous entoure...Le cardinal considère ma tenue avec un certain étonnement,surtout,mon jean semble attirer son attention et le laisser perplexe.Amusée à mon tour,je lui dit avec le sourire:
"-C'est un jean".
"-Un DJINN???",me rétorque-t-il en insistant assez comiquement sur le mot.
"-Oui,c'est très apprécié,de là ou je viens"
."-Voici un vetement d'homme qui sied fort peu à une jolie dame,Madame".
Le compliment me touche au coeur comme une flèche de feu et je me sent rougir jusqu'au oreilles...Mais je le dissimule autant que je peux et lui réponds avec un sang-froid qui m'étonne moi-meme:
"-Non pas,Monseigneur,toutes les filles de mon siècle,jolies ou pas,portent des jeans et ça leur va très bien".
Il ignore l'allusion à une autre époque,et se concentre sur mon pantalon qui vraiment parait le chiffonner au plus haut point:
"-Une femme n'en n'est pas une sans jupon!"
Décidément très amusée par la tournure de cet esprit curieux,j'éclate de rire et lui dit d'un air faussement choqué,sur un ton de gronderie:
"-Monseigneur,vous raisonnez en vilain macho!N'avez-vous pas honte de résumer une femme à sa tenue,et précisément à son jupon?"
Le regard chaud me considère avec une certaine stupeur,sans doute n'a-t-il pas saisi le sens du mot "macho",mais il a bien compris que je n'était pas d'accord avec lui et en semble un tantinet contrarié...Malgré tout,cette brillante intelligence ne s'en laissant jamais compter,il s'en sort par une pirouette:
"-Madame,aucune femme n'a jamais eu à se plaindre de mes manières,au contraire,je me flatte d'en savoir beaucoup plus sur les égards et la gratitude que l'on vous doit que meme certains princes de sang".
Je l'apaise d'un"je ne demande qu'à en etre convaincue,Monseigneur",et ne réalise que trop tard que cette phrase que j'avais jugée innocente et appropriée avant de la prononcer, peut très bien aussi etre interprètée comme un défi ou meme une mise à l'épreuve...Affolée(trop tard!),je lève les yeux vers Armand et me désespère de trouver sur le beau visage tendu vers moi une expression de prédateur qui le fait plus que jamais ressembler à un chat...GUETTANT UN OISEAU!!Et en cet instant,je me sent toute couverte de plume et aussi vulnérable qu'un petit passereau!!A nouveau cramoisie,je perd contenance et rame difficilement sur ce ruisseau houleux:
"-Je voulais dire que j'ai toujours eu écho de vos bonnes manières,Monseigneur,et qu'il est bien connu de tous que la personne au monde à qui vous portiez le plus d'affection avant d'en etre cruellement privé, était une femme,votre Maman."
Et là l'expression féline se change en douceur sur les traits d'Armand,que quelques rides ont déjà marqués par les duretés de l'existence,et je découvre,pas surprise,que le coeur du Cardinal de Richelieu peut etre aussi doux et tendre que dur et sans pitié...en fait,tel que je l'ai toujours imaginé,tel que je le porte en moi depuis mon enfance...
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"QUIS ERIT SIMILIS MIHI?"
Armand de Richelieu.
....Des plus petites étincelles naissent les plus grands embrasements...