ahhh bien ...je crois que j'ai déja mis le texte dans une page par ici
pour moi c'était une trouvaille de le lire
VOILÀ:
pauvre Condé:
Le mémorialiste Pierre Lenet (au service des Condé) était recommandé par Richelieu de le trouver chaque jour: Il raconte:
(Ed: Michaud/Poujoulat: page 467- 468)
" J'appris là que la duchesse d'Eguillon, sa niepce bien aymée, debvoit arriver ce mesme jour; je le dis au duc en luy rapportant la conversation que j'avois eue avec le cardinal, et luy proposay d'aller au-devant d'elle et de luy dire tout ce qui pourroit plaire au cardinal, et de se racommoder sincèrement avec luy par elle. Il me dict qu'il le feroit très-volontiers; mais le malheur voulut que, comme il montoit à cheval pour aller à la rencontre de cette duchesse, elle arriva; de sorte qu'il n'eut pas le loisir de l'entretenir avant qu'elle eût veu le cardinal.
Il la receut avec une tendresse non pareille, devant plus de trente personnes que nous estions dans sa chambre. Après les premiers complimens, il fit sortir tout le monde, aucun exepté, et l'entretint depuis les sept heures du soir jusques à onze.Le duc attendit tout ce temps-là dans l'antichambre, pour ramener, comme il fit, la duchesse au logis qu'on lui avoit préparé, où il eut une longue conversation avec elle. J'estois allé me coucher, et je dormois quand le duc retourna de chez elle.
Il vint m'esveiller et me dire tout l'entretien qu'ils avoient eu ensemble, et entre autre chose que la première dont le cardinal luy avoit parlé estoit ce qui s'estoit passé entre le duc et luy; qu'il l'asseura luy avoir faict plus de peine que sa maladie, que la faction de Cinq-Mars et que le précipice sur le bord duquel il estoit veu. Le duc jugea, par l'empressement qu'avoit eu le cardinal à parler de ceste affaire à la personne du monde pour qui il avoit une confience plus complette, qu'il falloit qu'elle le touchât sensiblement le coeur; aussi n'obmit-il rien de ce qu'il deust dire à la duchesse, pour essayer de la persuader par elle, du desplaisir de lui avoir despleu, de la tendresse qu'il avoit pour sa personne et de l'attachement qu'il auroit toute sa vie pour luy, pour ses intérêts er pour ceux de toute sa maison.
La duchesse se chargea de parler au cardinal, et le destourna de le faire luy-mesme, en quoy je pense qu'elle n'agit pas sincèrement avec le duc; et le lendemain, luy rendant compt de sa négotiation, elle luy dict qu'elle lui conseilloit deux choses, qu'elle croioit qui satisferoient entièrement le cardinal: l'une de s'en aller à Paris et de traicter avec amitié la duchesse sa femme; et l'autre, d'envoyer un gentilhomme au cardinal de Lion, et de luy escrire une lettre obligeante pour adoucir l'injure qu'il luy avoit faicte, et pour le prier de l'oublier et d'obliger le cardinal de Richelieu à ne s'en plus souvenir."
".... Je crois encore que ce dernier conseil de la duchesse d'Eguillon estoit peu sincère, comme la suite le monstra, et qu'elle n'estoit pas fâchée de voir durer la désunion entre le duc et le cardinal;
....Il [Condé] prit ensuite congé du cardinal, à qui il dict beaucoup de choses obligeantes sur l'amitié et la tendresse qu'il avoit pour luy, et ne fit qu'effleurer l'affaire en question, luy disant qu'il avoit suivi et suivroit les conseils de la duchesse d'Eguillon en tout ce qui le concerneroit, puisqu' elle avoit le bonheur de sçavoir mieux ses intentions que les autres. Il alla dire adieu à ceste duchesse, et prit sa route pour Paris par la rivière de Loire."
.....Cepandant le duc, après avoir fait la révérence au Roy, retourna à Paris, où il trouva la duchesse si fort grandie et embellie pendant sa longue absence, qu'il ne luy fut pas mal aisé de complaire au cardinal, en suivant le conseil que luy avoit donné la duchesse d'Eguillon; et peu de jours après son arrivée vers madame sa femme, elle devint enceinte du duc d'Enghien d' à présent, duquel j'ay souvent parlé, comme fera doresnavant l'histoire, par la bonne et esclattente réputation que ce jeune prince acquit à la cour et à la guerre."